Chronique des 20 et 21 mars 2020

— Raymond, tu es là ?

— Me voici, me voilà. Raconte, on s’ennuie un peu dans les documents.

— Journée bien active hier. Après t’avoir laissé, j’ai eu une réunion en audio-visio-conférence. L’organisation s’installe pour la durée. Dans le département, le Préfet a mis en place des équipe sanitaires mobiles pour les structures d’hébergement. Il mobilise les élèves travailleurs sociaux pour soulager les équipes en place dans les résidences sociales et les centres d’accueil d’urgence. Il a prévu un « renfort des deuxièmes lignes » en cas de contamination des premières. Ils ont également créé une unité de volontaires sociaux.

— Ce sont vraiment des termes de temps de guerre.

— Je réalise petit à petit que c’est une vraie guerre. La différence c’est que nous n’avons pas de restrictions. Les magasins sont achalandés et hormis la folie de quelques personnes qui font encore des réserves, tout pourrait paraître normal.

— C’est quoi la normalité actuellement ?

— Tu as ouvert l’encyclopédie numérique de philosophie ?

— Non, je suis en I.A. !

— Pour répondre à ton interrogation artificielle, rien n’est normal et tout le semble. Je suis allé faire des courses hier. Déjà une chose, en temps normal, j’y serai allé juste après manger le midi. Là j’ai vu qu’il y avait un film sur la Sept, je me suis installé devant la télé. Avec Léa et Karine on s’est offert « La belle saison » à deux heures de l’après-midi en pleine semaine. Du jamais fait mais on a bien fait car c’est un beau film avec Asia Higelin et Cécile de France. Ça, ce n’est pas dans la normalité de ma vie, regarder un film dans la journée en pleine semaine. Ce qui l’est encore moins normal, c’est de recommencer le jour d’après, mais finalement, voir « Les tontons flingueurs » à quatorze heures ou à vingt heures, c’est normal d’être mort de rire en revisionnant un film culte.

— « Yes sir » !

— Je constate que tu as regardé aussi.

— Et les courses ?

— J’y suis allé ensuite. Pas grand monde dans le supermarché. Les clients font sagement la queue avec un mètre entre eux et à l’extérieur du magasin. Ils sont peu à constituer des réserves. Ils échangent quelques mots et sont aimables. Je n’ai pas ressenti d’inquiétude mais elle était là, elle est là. Chacun met les distances, chacun réalise qu’il doit faire attention et fait attention. C’est un peu surréaliste ce silence, ce calme dans les rues. Peu ou pas de voiture. Pas un enfant qui joue dehors, qui rit, qui crie ou qui pleure. Pas un adulte qui appelle cet enfant. Pas un, pas une jeune qui enlace son copain, sa copine. Des écoles déscolarisées, des mairies dé-citoyennisées, des églises sans curé et sans cérémonie. C’est certainement la première fois en France que les églises ne célèbreront pas de messe dimanche. Le vide, l’absence, le silence. Il faisait froid hier, il fait froid aujourd’hui. Les rues sont encore plus désertes, les solitudes sont encore plus seules. Je suis allé me défouler ce matin. J’ai marché une heure dans la commune, dans le périmètre permis des deux kilomètres. Je n’ai croisé personne, je n’ai vu personne. L’accès aux parcs sportifs, ceux aux forêts domaniales, celui du parc boisé, ceux des chemins de halage sont interdits. On ne peut circuler qu’à pieds ou en voiture. Le vélo c’est uniquement pour faire ses courses pas pour se promener ou faire du sport. Il y a presque une liste pour savoir qui va promener le chien ; chien qu’on ne va jamais promener d’habitude, il a la cour. Le pauvre animal n’en revient pas et n’en peut plus de sortir autant et au pas de charge. L’anormalité c’est cela déguisé sous un masque de normalité. On fait comme si et la vie elle est comme ça ; elle est, mais bizarre !

— C’est le week-end.

— C’est le week-end. Premier week-end de confinement, première semaine. Demain c’est dimanche, il n’y aura pas de changement et la première semaine s’achèvera et on recommencera lundi.

— À demain mon auteur ?

— Non demain c’est dimanche. Je fais comme si pour que la vie soit comme ça ! Pas de chronique demain. À Lundi mon Raymond

— Bon dimanche mon auteur.

— Bises virtuelles à la famille.

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