Chronique du 19 mars 2020

— Salut les héros.

— Salut l’écrivain. Quoi de neuf ce matin ?

— Ce matin le temps est à la pluie. On est en Normandie, il ne faut pas espérer plus de quatre jours sans. Et vous dans l’ordi, ça le fait ?

— Oui mais tu prends beaucoup d’espace avec tes associations. Laisse-nous quelques octets s’il te plait.

— C’est exact que la journée d’hier a été quelque peu mouvementée côté engagement associatif.

— Avec tes résidences sociales ?

— Ça n’a pas été le plus compliqué hier.

— Tu as tout de même été un long moment en réunion audio-visio-conférence et ensuite sur Word.

— Tu m’espionnes ?

— Il faut bien s’occuper mais c’est le cliquetis du clavier et le ventilateur interne qui nous font dire que tu es occupé.

— Il n’y a pas que moi. Matthieu avait un devoir de Français à rendre et des exercices de technologie à réaliser. Il a été un bout de temps à bosser hier.

— Et toi alors, racontes.

— Une heure de réunion audio-vidéo pour caler l’organisation dans les résidences de l’association et les grandes lignes d’un courrier aux administrateurs et un autre aux salariés. Nous étions sept en visio-conférence hier midi.

— C’est de l’engagement ou je me trompe.

— Tu peux le dire. Ce n’est pas du n’importe quoi avec les collègues du Bureau et la Direction. Ça bosse. Ensuite j’ai rédigé un courrier sous forme de lettre d’information reprenant toutes les décisions que nous avons prises depuis le début du confinement. Quand je réalise que ça ne fait que quatre jours et que je constate la masse de travail abattu par l’équipe. Ce n’est pas vraiment du confinement de décisions.

— J’ai lu ta lettre en PDF ce matin. Trois pages de protocoles. Pfff, je ne voudrais pas être réel actuellement.

— Et comme dirait ton auteur unique, quelle idée de me casser l’esprit avec tout ça ? Car pour tout te dire, après le repas d’hier midi, je me suis installé dans le transat au soleil histoire de siester un peu. J’ai à peine eu le temps de m’endormir que le téléphone a sonné la charge. Le Directeur de l’autre association, celle de loisirs, m’informait de difficultés pour l’accueil des enfants des personnels soignants. J’ai passé une bonne partie de mon après-midi au téléphone avec lui, la vice-présidente de l’asso, l’ancien président que je viens de remplacer et le vice-président de la communauté d’agglomération pour trouver les solutions et mettre tout le monde d’accord. Je ne me suis même pas énervé.

— Non ? Tu n’as pas envoyé balader un seul quidam ?

— Ni un, ni deux. Zen et aimable malgré une vraie envie de le faire.

— Tout le monde est d’accord ?

— Je pense, pas de nouvelles ce matin. Il n’est que huit heures quarante-cinq. Ça peut venir.

— Et toi qui écrivait hier que ça ressemblait aux vacances ce confinement.

— Oui, ça en a l’aspect mais de moins en moins le goût !

— La preuve tu viens d’avoir une vidéo conférence.

— Tu vois tout ! Un dernier détail à régler pour le courrier aux administrateurs. Heureusement que je ne traine pas au lit le matin.

— Et le reste de la vie ?

— Elle commence à s’ennuyer chez certain, à s’énerver chez d’autres, à s’inquiéter chez tout le monde. On a eu des nouvelles de Stéphanie à Nice. Ils résistent au corona mais pas à la coupure d’électricité. Le courant s’est arrêté chez eux pendant toute une nuit. Du coup certains aliments ont tourné dans le réfrigérateur et en cascade, intoxication alimentaire pour tout le monde.

— Re, ton correcteur d’orthographe souligne « au corona », il va te rendre alcoolique !

— Je pouffe ! C’est de la fainéantise, je n’ai qu’à écrire « coronavirus » et il ne soulignera plus. Franchement, je ne vais pas lui en filer du virus en plus à corona, je n’aime ni le ni la corona. Un bon verre de Beaujolais c’est meilleur. En prime, à ma connaissance, il n’y a pas de beaujolaisvirus. Stop, j’ai vu, monsieur-correcteur-je-sais-tout, souligne en rouge « beaujolaisvirus » mais pas coronavirus, c’est de la ségrégation !

— Tu écris vraiment n’importe quoi !

— Parce qu’on vit n’importe quoi. Ma génération n’a pas vécu de guerre mondiale. Elle en a connu des locales, des froides, des civiles, des fratricides, des terroristes et des guéguerres, mais pas de mondiale. Nous avons connu le Sida, Ebola, le retour de la rougeole et la grippe H1N1. Le dix-neuvième siècle a eu les conflits européens, le choléra. Ceux d’avant ont eu les épidémies de peste. On se croyait à l’abri de nouvelles pandémies. Raté ! Foiré ! Loupé ! On n’avait pas prévu que des chauves-souris, infestées par un virus bien tapi au fond de leurs grottes, exporteraient leurs doses mortelles. La peste a mis des années pour parvenir de l’Extrême-Orient à l’Europe. Le corona n’a mis que quelque jours ! Vive le progrès !

— Et tes niçois, ils vont comment ?

— Mieux mais ils ont eu une belle trouille. Louna est tombée dans les pommes subitement. Je vois la scène d’ici, l’angoisse de Stéphanie, sa gamine inanimée dans les bras. Les pompiers sont venus mais ne sont pas entrés dans la maison. Finalement le diagnostic n’est pas le corona mais bien une intoxication. Tous les enfants et les parents ont bien vomi, jeuné pendant deux jours mais hier, ils étaient sur Messenger entrain de tous faire les pitres. Ouf ! Karine et Louna ont programmé une Webcam aujourd’hui. La mamie et sa petite-fille vont coudre ensemble à mille deux cents kilomètres de distance. Vive le progrès !

— Tu fais quoi aujourd’hui ?

— Audio-visio-conférence à onze heures trente et installation d’un placard avec Karine dans notre chambre sans oublier de suivre le travail scolaire de Matthieu. D’ici là j’aurai, peut-être, de nouvelles aventures associatives. À demain Raymond, je mets l’ordi en pause.

— À demain mon auteur.

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