Chronique du 24 mars 2020

— Eh, oh eh mon auteur, tu es là ?

— J’arrive Raymond, je finissais de lire le résumé de l’intervention d’Édouard Philippe hier soir sur TF1.

— Parce que tu ne l’as pas vu à la télévision ?

— Non, nous étions sur la 2 pour les informations. Ça fait des années que je ne regarde pas le journal télé de la une, depuis sa privatisation, tu vois le genre de rancunier que je suis… Du coup, on a loupé le Premier Ministre.

— Remarque, moi non plus je ne regarde jamais le journal de la première chaine. Une vieille méfiance, un reste de soupçon envers une équipe de journalistes à la solde de la droite réactionnaire. Un a priori qui date de l’époque où il n’y avait qu’une chaine dont les présentateurs du journal tenaient la ligne éditoriale directement de Pierrefitte, le ministre de l’information de De Gaulle. C’est idiot, ils sont certainement aussi objectifs les uns les autres maintenant.

— Ouais, à voir. Il y a ceux qui informent et ceux qui font du remplissage à coup de répétitions anxiogènes comme sur les chaines d’infos. Au début de l’épidémie du corona, ils donnaient, quart d’heure par quart d’heure, le décompte des contaminés et des morts. Aujourd’hui, ils le donnent toujours mais toutes les cinq minutes et en prime ils te l’affichent en continu en bandeau, comme le montant des dons pendant le Téléthon. Ajoute le nombre des verbalisations pour non-respect du confinement qui reviennent en boucle. Ils font de l’audience avec des chiffres bruts, à poil et un poil, bourrés d’angoisses.

— On ne capte pas dans l’ordinateur ces chaines-là. J’ai juste créé le raccourci sur la 27.

— Bah, c’est une chaine d’infos en continus non ? Tu devrais te connecter sur la TNT en général. Ils diffusent des classiques du cinéma. Hier « Jean de Florette » dans l’après-midi et le soir « Le gendarme de Saint-Tropez ». Ce dernier nous l’avons regardé en famille, Matthieu ne l’avait jamais vu. On a presque failli enchainer sur « Le gendarme et les extraterrestres » mais il y a eu une intervention urgente de « Philippe le pompier » dans la salle de bain au moment des pubs

— Tu as joué à Sam ? Un incendie ?

— Pire que ça, pire que tout ! Une Maïtica venue tout droit de « Un indien dans la ville ». Énorme l’araignée. Imagine le tableau Raymond, Matthieu tout nu sous la douche avec un spécimen sortie de son confinement dans le grenier juste au-dessus de lui ! J’ai pris la grande échelle, le tabouret trois marches de la penderie, j’ai affronté les brumes de la douche et, muni du verre à dents et d’un morceau de papier hygiénique, heureusement on a fait des réserves, j’ai affronté le monstre. Je dois préciser que j’avais reçu les consignes du poste de commandement « LéaKarinien » de laisser quoi qu’il en coute, la vie sauve à la dé confinée. Donc, j’ai tourné le dos à la nudité absolue de mon fils pour faire face à l’hilarité, inquiète tout de même, de la gente féminine, et, le regard dans l’horizon du plafond embrumé, me suis saisi de la locataire indésirable qui ne voulait pas tenir dans le gobelet malgré tous mes efforts. Aidé du papier WC, je l’ai glissé de force sous les « Attention de ne pas la blesser pas » des femmes en extase devant mon courage. J’ai fini en balançant dans la cour le gobelet, le papier Q que j’irai récupérer ce matin c’est important, et la cause de l’intervention de « Philippe le pompier ».

— Quel acte courageux !

— C’est ce que m’a dit Karine en me prenant dans ses bras, fière de son homme tout en me demandant « Elle va revenir non ? Toute sa famille est dans le grenier. Elle va vouloir la rejoindre ». Fin du film de seconde partie de soirée !

— Et ta journée ?

— Associations le matin et en fin d’après-midi. Maintenant, Stéphane a installé le même système d’audio-vidéo-conférence pour l’association de loisirs. Du coup, j’aurai deux séances de réunions virtuelles par jour au lieu d’une. Ajoute les devoirs et mes chroniques, je ne m’ennuie pas.

—  Le Premier Ministre a durci le confinement ?

— Une heure de sortie autorisée dans un périmètre d’un kilomètre. En effet ça se renforce mais c’est le seul moyen de se protéger. Ceux qui le contestent, sont aussi cons que ceux qui refusent le préservatif pour éviter le Sida. Je suis écœuré par ces friqués qui se sont réfugiés à l’île de Ré, d’Yeu, de Noirmoutier ou sur les côtes normandes, bretonnes, de l’Atlantique ou méditerranéennes. Certains sont arrivés tels des conquistadors. Ils ont fait leurs courses de nantis, huit cents euros d’un coup. Pour leur petite personne, et leur petite famille. Et ce sont « ces gens-là » comme aurait dit Brel, qui se promènent sur les plages en tribu, enfants, parents, grands-parents, s’arrogeant le droit de ne pas respecter la loi parce qu’ils ont le fric ! L’histoire bégaie ! En 1914 quand les allemands sont entrés à Saint-Denis, les tenants du pouvoir ont fui Paris pour se réfugier à Bordeaux. En 1940, leurs enfants se sont retrouvés à Vichy et Bordeaux. L’exode reprend en 2020. Les petits enfants des nantis de quatorze, enfants de ceux de quarante se cachent et s’abritent dans leur résidence secondaire des bords de mer, du fin fond des forêts de Sologne, ou dans les vallées dorées des Alpes. Et le virus prend des ailes. Il s’installe en Inde, en Afrique du Sud, au Sénégal. Partout ! Il sème sa mort dans les bidonvilles de Bombay, de Calcutta, les favelas de Rio, les garages de Dakar, les Township du Cap. La pauvreté, la misère ne peuvent pas se confiner, se protéger, avoir les gestes barrière dans les logis de carton, de toile, de tôle. La pauvreté n’a rien d’autre que la mort pour faire barrage à la mort, en finir de l’horreur. Et il y a des cons pour refuser le confinement en France. Des cons qui s’exilent sur leur île, derrière leur mur d’argent et qui ne comprennent pas que se promener sur une plage peut être indécent, doit être interdit. Que veux-tu Raymond « il y a peu de chance qu’on détrône le roi des cons » chantait Brassens. Il y a du monde pour la succession royale.

— Il y a du soleil ce matin.

— Il y a des larmes dans les yeux de mon Amour ce matin et dans ceux de nombreux autres en lisant les nouvelles ce matin. Manu Dibango est mort cette nuit du corona. Trump a dit qu’il ne fallait pas intenter à l’économie en imposant le confinement aux Etats-Unis. Son Vice-président est porteur du virus. Le Monde a peut-être une chance : celle que Trump le chope. Il y a un grand soleil ce matin mais la peur rôde sur les chemins du printemps. Je pense à mon neveu qui lutte contre le cancer. Je pense à sa mère, à ma sœur. Et il y a des cons ! Bonne journée Raymond ? Demain est un autre jour, un jour comme aujourd’hui, fait d’Espoir, d’Amour, d’Espoir, d’Amour TOUJOURS.

— À demain mon auteur.

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