Chronique du 30 mars 2020

— Salut Raymond.

— Salut mon auteur. Ton dimanche s’est-il bien passé ?

— Dimanche confiné entre une « crêpes-partie » et une partie de « grimaces-hurlements ». Dimanche « confilmé » entre « L’aile ou la cuisse » et « Papy fait de la résistance ».

— La télé ressort les vieux classiques, pas toujours les meilleurs mais ça détend les zygomatiques (a minima cinquante points au scrabble !). On a le temps même ici au fin fond des mots enfermés dans leur monde, leur Word, classés dans leurs tableaux Excel.

— Tu as raison mon Raymond. Nous prenons le temps de nous retrouver, de retrouver les autres aussi. C’est surprenant mais en ces jours de confinement, nous revoyons virtuellement, nous entendons téléphoniquement, nous lisons des courriels d’amis, de membres de la famille, perdus de vue depuis longtemps. C’est le temps des mini-vidéos, souvent hilarantes, postées sur Facebook. On y retrouve un neveu, une nièce, leurs enfants pas vu depuis des années. On y découvre les talents, méconnus, de comédienne d’une copine cachée sous une couverture et se filmant, jouant le stress de la maman harcelée par les devoirs scolaires de ses enfants. C’est le temps des photos que nous nous échangeons sur Messenger ou par SMS. Celles de « quand j’étais petit », celles d’aujourd’hui. Là c’est la fille d’une nièce en équilibre instable sans les stabilisateurs de son vélo. Une deuxième au milieu des jonquilles, le vélo à droite, la gamine au milieu et la maman morte de rire devant la mine déconfite du papa face aux fleurs écrasées. Ici c’est le petit dernier des petits enfants, deux ans et des poussières. Il suit son papa. Ce dernier pousse sa brouette pleine de gravats, le gamin, sa brouette en plastique remplie de vide. Deuxième photo, le père et le fils en face à face, sourire fier du père, sourire heureux de l’enfant. Troisième photo, le môme, sa pelle en plastique jaune à la main en train de charger du sable dans la brouette. Face aux photos, la mamie, une larme au coin de l’œil. C’est long le confinement. C’est le neveu et le tonton, dix mois d’écart et mille deux cents kilomètres qui les séparent. Ils jouent en ligne tous les deux sur leur console, ils ne sont pas seuls, ils sont ensemble. Fortnite a un peu d’intérêt finalement. Ce sont les séances de jeux de société entre copines de l’université, l’une à Fécamp, l’autre à Dieppe, la troisième à Rouen et la dernière à l’étage au-dessus. « On se fait un bac ? ».

— Est-ce toujours la course des tondeuses ?

— Mais non Raymond. Depuis quelques jours, les tondeuses se sont tues, l’herbe est plus que coupée. Les Karcher sont retournés dans les garages, les terrasses sont décapées. Les tailles haies ont fini de tailler. Il n’y a plus de toile d’araignées, ni de toile pour poncer, les magasins de bricolage sont fermés. Alors, chacun redécouvre l’art des petits rafistolages qui se font sans ambages et sans bruit, sans gros matériel, presque en catimini, sans chercher à épater le voisin. Seulement pour se faire plaisir, on repeint un vieux fauteuil délaissé dans un coin. On n’y pensait plus, on l’avait oublié dans le fond du jardin. Un coup de lessivage, un coup de brosse, un vieux pot de peinture jaune, un siège presque neuf. Sans bruit, sans un rond, pour le plaisir. « Il reste de la peinture verte pour le vieux banc sous l’olivier ! ».

— Tous les jardins doivent être nickels dans le quartier ?

— Rien à redire. On croirait les pelouses anglaise de « Astérix chez les Bretons ». Les plates-bandes sont désherbées et sans fleurs, les jardineries sont confinées elles aussi. Le printemps joue une explosion de fleurs de pissenlits et de pâquerettes. Chacun s’essaye au semis de plans de tomates avec les graines achetées au super marché du quartier. Les tomates cerises pour l’apéro, ce n’est pas gagné !

— Le Premier Ministre est de nouveau intervenu samedi soir, nous l’avons entendu sur le canal 27. Il n’a rien dit de neuf.

— Que veux-tu qu’il dise. Pendant deux heures il n’a fait que répéter et fait répéter par des spécialistes, ce que nous savons ou subodorons tous depuis plusieurs jours. La semaine, les jours qui viennent vont être très compliqués. Chacun le sait mais en est-il suffisamment conscient pour appliquer strictement les consignes de confinement et de protection ? Quand on voit l’Italie exsangue, l’Espagne à genoux, je ne comprends pas que certains ne comprennent pas.

— Tu as vu la réaction du Président du Brésil ?

— Ahurissant ! Pas mieux que Trump. Et dire que ce sont des modèles de gouvernance pour l’extrême droite française. Ce serait bien que Marine et ses « cons génères » aillent prendre des cours avec eux. Je ne leur souhaite pas d’attraper le corona ; je leur demande d’apprécier les dégâts que provoque le choix de l’économie avant l’homme !

— As-tu vu mon auteur, le correcteur d’orthographe ne souligne plus en bleu « le corona » ?

— Eh non, tu as raison hélas. Même le dictionnaire en prend son parti. Le corona est entré à l’académie !

— Tu as des audio-vidéo-conférences aujourd’hui pour les associations ?

— Oui ce matin. Gilles nous a dit hier, que tout était stable dans les résidences, tant pour les jeunes contaminés que dans l’apparition de nouveau cas. J’espère que ce midi nous n’aurons pas de nouvelles contradictoires. Karine est partie au travail ce matin. Elle espère revenir seule cet après-midi. La crainte est là, on n’y peut rien. Les gestes barrières ne font pas obstacle à l’angoisse. Ils protègent de la contagion mais en fin de journée, les nerfs sont épuisés à devoir tout calculer, tout réfléchir, tout protéger. Sept heures de travail en valent le double de fatigue aujourd’hui.

— Et la semaine fait le mois.

— Tu as raison Raymond. Le confinement est difficile mais ceux qui vont travailler ont bien plus de fatigue. Je te laisse mon héros. Bises virtuelles à la famille et à demain.

— À demain mon auteur. Pensez aux autres, restez chez vous !

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