Chronique du 31 mars 2020

— Salut Raymond.

— Salut mon auteur. Cómo estás tú esta mañana ?

— Tu te mondialises mon héros ?

— Non je m’internationalise ! C’est plus en raccord avec les convictions dont tu m’as affublées et que je porte avec fierté. Je fais comme le virus, je saute les frontières.

— Peux-tu éviter le chinois, je n’ai pas les symboles pour l’écrire à l’ordinateur ?

— Petit joueur, je suis certain que ton pote Stéphane est capable de te trouver ça. Même moi, je peux te les trouver. Tu vas en haut, à droite de ta barre d’outils dans insertion, sur « Symbole » et tu verras.

— Certainement, mais aujourd’hui, ce n’est plus la Chine qui est en première ligne pour le corona, sauf pour la livraison de masques.

— Et d’appareils respiratoires. Demain, elle pourra également fournir les urnes funéraires. Ils n’ont pas l’air très au clair sur le nombre réel des victimes de la pandémie.

— Pas plus que les russes, les syriens, les turcs et tous ces pays qui ont passé la liberté et la vérité dans un crématorium et se sont empressés de disperser les cendres dans les abysses de la dictature. En attendant, les chinois nous retournent le service rendu il y a deux mois, avec les intérêts en plus pour ce qui est du nombre de masques et d’appareils respiratoires. Ce serait bien qu’en toute chose il y ait une pareille solidarité entre les peuples.

— « C’est la lutte finale. Groupons-nous et demain, l’Internationale sera le genre humain ! »

— Ça me rappelle quelque 1er mai héroïque !

— D’il y a quelques années…

— J’avoue. Depuis plusieurs années, je suis resté fidèle aux brins de muguet pour mes nanas et mon fils mais pas à la manif.

— Tu vieillis ou les convictions s’altèrent.

— Laisses moi ne pas te répondre. 

— Bon, compris, tu te défiles.

— Non ! Seulement te dire que mes idées sont toujours bien ancrées mais que le temps n’est pas à rester fiché dans sa rade, à son quai de certitudes et de critiques. J’entends et je lis, les champions de la contradiction. Tous ceux qui crient avec les loups, « Il faudrait faire comme ça », « Il ne faudrait pas faire ainsi ». Avec souvent des mots choisis, ils dépensent beaucoup d’énergie à dire tout et son contraire. Critiquer ou proposer ? Chercher le problème ou trouver la solution ? Se remuer les fesses ou rester devant son écran à dire que ce qui est fait n’est pas suffisant, pas bien ? C’est vrai que nous manquons de masques de protection, on le sait et surtout on sait que ce n’est pas la faute du pauvre mec qui tente comme il peut d’en trouver en Chine, au Japon ou ailleurs. Ce n’est pas lui qui a décidé la liquidation des stocks il y a une dizaine d’années. Pouvait-t-on imaginer il y a encore un mois, qu’un groupe d’évangélistes propagerait aussi rapidement le virus à Mulhouse et partout dans le monde ? Non ! Nous n’avons pas imaginé cette situation. Les choix qui ont été fait pour la santé, tant sur la gestion des stocks de masques il y a huit ans que pour les réductions budgétaires récemment, n’étaient peut-être pas les bons dans une période où l’anticipation aurait été nécessaire. N’est-ce pas cela « faire de la politique » ? Aujourd’hui, nous sommes dans l’urgence et l’anormalité !

— Certes mon auteur, mais quand tu dis de se remuer le popotin, facile à dire mais que faire quand on est confiné ?

— Que faire ? C’est ce type que je connais bien. Il aura bientôt quatre-vingts ans. Il a demandé au maire de sa commune une dérogation spéciale qu’il a obtenu. Avec son scooter, il ravitaille deux familles de réfugiés perdues, ne comprenant rien, isolées, épuisées. Cet autre, qui imprime et distribue dans les boites à lettre de sa cage d’escalier, des attestations de déplacement. Il habite un quartier populaire où il n’y a pas d’imprimante derrière chaque téléphone. Cette autre encore. Elle explique les fractions par la fenêtre à la maman d’une collégienne. Toutes deux ne s’en sortaient pas du devoir de cinquième. Une heure après, d’un balcon à l’autre, elles révisent ensemble les règles du participe passé. Fichu participe passé qui participe à l’abolition des étages et des générations ! Il y a plein de petites choses qui se passent derrières le silence, dans les confinements. Des biens et des tragiques aussi.

— Des tragiques ?

— Oui. Hier en allant acheter du pain, j’ai entendu les hurlements d’un père certainement après un enfant. Je ne sais pas d’où cela provenait exactement. Je crois hélas que les situations de violences sur conjointe et enfant ne se sont pas arrêtées, loin s’en faut. Le confinement ne fait que les enfermer derrière des portes et des fenêtres trop bien fermée, isolantes. La pandémie a mis en suspend des centaines de situations en urgence. C’est cette maman avec ses trois enfants. Elle a quitté son mari, violent, humiliant, dangereux. Elle est partie de chez elle avec ses mômes, quelques jours avant le confinement. Elle se retrouve seule, planquée, sans véritable solution, toujours en urgence mais suspendue. Cette jeune maman qui n’ose pas sortir dans le jardin d’une des résidences sociales de l’association. Elle a peur que le père de son enfant ne vienne lui enlever le petit pendant qu’ils sont dehors. L’urgence est suspendue. Cette dernière maman. Elle est contaminée. Pour l’instant tout va presque bien mais elle a peur. Si son état s’aggrave, si elle est hospitalisée, que va devenir son gamin d’un an ? Elle est seule, sans famille, sans conjoint ? L’urgence est suspendue.

— Comment cela se passe dans tes associations ?

— La crainte se diffuse chez les salariés. Celle d’être contaminé, celle de ne pas tenir. Certains sont en contact direct avec les résidents. Les masques, les gants sont-ils suffisants ? La fatigue et la répétition des gestes de protection insufflent une tension nerveuse, un essoufflement. Pas simple ! L’urgence est tendue.

Je vais te laisser Raymond. C’est l’heure des devoirs de mon collégien. Au fait, il a cours d’éducation physique. Les professeurs ont mis en ligne des exercices de sport à faire chez soi. C’est super sympa et là au moins, pas besoin de moi !

— Heureusement, vu tes qualités sportives.

— Moqueur ! Bises virtuelles à la famille.

— Bises mon auteur. À demain.

— À demain Raymond.

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