Chronique du 1er avril 2020

— Salut Raymond.

— Salut mon auteur. Wie geht er dir heute morgen ?

— Mir geht es gut, danke. Tu continues ton tour du monde Raymond.

— En quelque sorte. Je révise chaque jour avec les cours de ton collégien. Hier je me suis glissé dans son dossier « collège » sous dossier « Allemand ». Aujourd’hui je vais faire un tour dans « Anglais » histoire de retravailler le futur des verbes. Remarque que ce n’est pas le plus difficile en anglais.

— Moi aussi je révise, en anglais, math, histoire etc. Jeanne d’Arc, les parallélogrammes, won’t et non will not, la structure des molécules de l’eau à l’état liquide, gazeux et solide, la vie du compositeur Carl Orff dont j’ignorais même l’existence il y a deux jours encore. Je devrais avoir un bon bulletin ce trimestre « mais attention de ne pas baisser les bras au deuxième trimestre » dirait Thierry Lhermitte dans « Un indien dans la ville ».

— Drôle de guerre qui consiste à s’assoir sur une chaise pour accompagner son fils dans ses devoirs.

— C’est certainement plus dur pour certain que pour d’autres mais en effet les mots guerriers utilisés sont-ils de mise ? Premières lignes, front, réserve,… toutes ces expressions sont en général utilisés face à un ennemi visible, réel. Là l’adversaire est si petit, si minuscule que nous ne le voyons pas se déplacer et pourtant il progresse. Qu’importe les mots, qu’importe les formules. Ce combat ne ressemble à aucun autre tant sa force destructrice est fulgurante. Le 15 janvier dernier, le virus causait la mort d’une première personne âgée de soixante-neuf ans à Wuhan. Aujourd’hui le corona est présent dans 178 pays et a causé, officiellement (?), 37 000 décès dont celui d’une enfant de douze ans. Certes le vocabulaire à utiliser ne peut ressembler à celui d’une guerre entre humains qui s’entretuent. Mais chaque embrasement mondial est le fruit d’erreurs, volontaires et involontaires. Les victoires et les défaites sont les conséquences d’anticipations et de stratégies, de choix et de capacités de prospectives. En 39, la France était restée aux leçons dépassées de 14-18. Les troupes allemandes ont laminées celles de France, d’Angleterre, de Belgique et d’ailleurs. Dans cette bataille contre le corona, malgré les alertes de sommités mondiales de la santé, de la sociologie, de l’économie qui depuis des années, tiraient la sonnette d’alarme sur les risques potentiels d’une possible pandémie, aucun pays n’a voulu prendre la menace au sérieux. Le résultat est à nos portes fermées, cadenassées, dans ces milliers de corps envahis de millions de virus.

— Est-ce le temps des accusations ?

— Non Raymond, tu as raison, ce n’est pas le moment de perdre son temps à accabler untel ou une telle. Pas de souci, déjà que ça viendra rapidement une fois cette crise sanitaire passée ; on peut faire confiance à certains…

— Quoi de nouveau dans le quartier ?

— On conjugue le verbe confiner à tous les temps. Le tout est de ne pas se tromper et de ne pas terminer en « con fini ».

— Tu l’as piqué à la présentatrice du magasine « 28 minutes » sur Arte celle-là !

— Je te l’accorde. Il y en a d’autres qui circulent sur les réseaux sociaux. Des bonnes, des moins bonnes. Il y a fulgurance de commentaires, de photos, de citations, de récitations, de poèmes, de chansons, de films. Il y en a du bon et du moins, l’expression bat son plein ! Le temps confiné, libère l’envie de dire, d’écrire de reproduire. Le confinement des hommes révèle leur imaginaire et les animaux se réapproprie les espaces urbains libérés par l’humain. Hier, un héron cendré a posé ses longues pattes dans un herbage à l’entrée de la commune. Un chevreuil a été aperçu sur le terrain de foot déserté de ses joueurs mais garnie d’une herbe à sa convenance. Les sangliers se promènent dans certains quartiers ; ils vident les poubelles. Nous sommes occupées !!! Il faut nous protéger de ces envahisseurs. Que fait la police ?

— Eh, mon auteur, es-tu sûr que tu vas bien ?

— Mais oui. Le soleil brille de nouveau ce matin. Il est neuf heures. Karine est partie travailler. Tout est silence, même le chien dort encore. Les tulipes sont ouvertes, les cerisiers ont mis leur manteau de fleurs et cette année je ne serai pas ennuyé par les allergies dues au colza, je suis confiné et le colza peut pousser, je m’en fiche. Je vais aller secouer le collégien. Il a un cours virtuel de techno à dix heures. Je lui laisse la place devant l’ordinateur et je vais m’enfermer dans la cuisine, devant un bon café. Drôle de guerre non ?

— Drôle de mort en suspens au-dessus de nos vies.

— À demain Raymond. Bises virtuelles à la famille.

— À demain mon auteur. Protégez-vous, restez-chez vous !

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