Chronique du 03 avril 2020

— Salut Raymond.

— Salut mon auteur. How are you this morning ?

— Good thanks. Mais chut !!! Pas trop fort.

— Pourquoi ? Tout le monde dort ?

— Non, ce n’est pas ça, c’est tout le contraire, tout le monde est debout. C’est la guerre des tranchées ! Entre l’ENT, Pronote, les cours virtuels, le cours de musique (eh oui, même le prof de musique a trouvé une appli pour faire chanter ses élèves), le devoir de physique et celui de maths. Pitié, je n’ai plus accès à l’ordi entre dix et seize heures. Je me faufile jusqu’au clavier entre une salve d’anglais et une d’histoire-géo et me réfugie dans ma casemate-téléphone-portable pour les courriels urgents. C’est chaud. Je n’ose imaginer l’état des parents qui ont plusieurs gamins scolarisés et un seul ordinateur à la maison. Il va y avoir des morts et, plus sérieusement, des décrochages, des écarts phénoménaux au sortir de cette crise de confinement.

— Bon parlons doucement. Karine aussi rampe en douce jusqu’à l’ordinateur ?

— Non, elle est à son travail. Elle prépare sa structure pour l’accueil, éventuel, de jeunes atteints du Covid-19. Il y a des studios avec coin cuisine et sanitaires qui permettraient de maintenir en quarantaine des jeunes dont l’état de santé ne nécessiterait pas de soins lourds. Elle se débat dans les commandes de désinfectants, gants, blouses, masques (pas simple), protections diverses pour le corps, les pieds, les cheveux et que sais-je encore. Il lui faut être vigilante avec les escrocs qui prolifèrent et profitent de la situation pour arnaquer en prenant et faisant payer des commandes qui ne seront jamais livrées ou en stipulant, en tout petit, au milieu d’une multitude d’alinéas inutiles, que la livraison n’aura pas lieu avant six mois !

— Et actuellement il y a des pensionnaires dans l’institut ?

— Non, c’est le grand vide. Les seuls présents sont un couple de canards qui déambule en toute impunité et tranquillité dans le parc. Ils profitent de la situation pour visiter les allées et tenter une incursion dans les locaux.

— Trop sympa. Il y a une foule d’endroits où il n’y a pas foule !

— Oui. Hier, j’ai reçu un message de Manu qui est jardinier à la maison de Claude Monet à Giverny. Il m’a envoyé une photo splendide du jardin avec… personne ! D’habitude, à cette époque, le jardin ouvre ses grilles et est envahi par les touristes japonais, chinois, américains et, parfois, perdus au milieu, quelques français. Là, pas un pékin, nada, nobody. Juste les oiseaux et les jardiniers qui peuvent profiter de leur travail magnifique en toute quiétude. Ils ont tout autant d’entretien à effectuer mais n’ont pas les piétineurs de fleurs, les chapardeurs de pouces de nymphéas et la foule impatiente sur leurs bottes. Le jardin est splendide dans sa solitude.

— La foule reviendra.

— C’est certain mais qui sait quand ? C’est Monet qui serait content de voir son jardin aussi bien entretenu et aussi calme.

Je vais te quitter mon Raymond.

— Déjà ?

— Oui c’est l’heure de manger. J’ai faim et il y a un ado qui crie famine lui aussi.

— Alors, pas de discussion, vite les ventres réclament leur pitance. Bises mon auteur.

— À demain Raymond. Bises virtuelles à la famille. Restez chez vous et selon la devise : « S’en sortir sans sortir » !

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