Chronique du 04 avril 2020

— Salut Raymond.

— Salut mon auteur. Kiel vi fartas hodiũ matene ?

— Mi fartas bone, dankon. Tu connais aussi l’espéranto ?

— Pas plus que toi mais, tout comme toi, je vais sur l’application de traduction. Hier, j’ai voulu te le faire en chinois mais je n’ai pas trouvé les symboles avec l’accent circonflexe à l’envers. J’ai laissé tomber.

— C’est un fait mon Raymond. Le plus dur est de trouver les lettres avec leur petit bouiboui à l’envers, de travers, en-dessus, en-dessous. On dit que le français est compliqué, il l’est moins que certaines autres langues à l’écrit.

— C’est vrai. Pour revenir à l’espéranto, c’est dommage que cette langue universelle n’ait pas pris son universalité.

— C’est une belle utopie que certains tentent de poursuivre en s’appuyant sur la construction de l’Union européenne mais le repli sur soi et le nationalisme rampant ont toujours autant l’art de mettre des barrières douanières aux rêves et aux espoirs les plus anciens. Quand Ludwig Lazare Zamenhof a créé l’espéranto à la fin du dix-neuvième siècle, il voulait que les différentes communautés de sa ville en Pologne puissent communiquer, échanger. Le mouvement des Auberges de Jeunesse a beaucoup fait avant et après la deuxième guerre mondiale, pour diffuser et promouvoir cette utopie. Malgré tout, un siècle et demi après sa création, cette utopie de fraternité linguistique continue de permettre à des hommes et des femmes de se parler sans utiliser l’anglais dominateur et financier.

— Tu devrais t’y mettre mon auteur. Avec le confinement vous pourriez l’apprendre en famille.

— Je crois qu’avec les cours en virtuel sur l’ordinateur, il y a déjà assez de bouchons sur l’autoroute du savoir sans ajouter d’embouteillages sur les chemins de traverse de l’universalité. Je te renvoie à ma chronique sur la guerre des tranchées qui sévit dans la salle à manger pour accéder au clavier.

— Tu parles du savoir, avec la famille nous avons entendu le Ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse hier soir. Le bac et le brevet ainsi que les CAP, BEP, BTS seront attribués en contrôle continu. La réforme du bac avant l’heure…

— Oui et ça n’augure pas une sortie de confinement rapide. J’ai de plus en plus de doute quant à la réouverture des écoles, collèges, lycées et universités début mai. Je vois mal douze millions d’élèves sortir du confinement dans un mois. Bonjour le retour de manivelle et la deuxième couche de contamination !

— Ouais ! À voir comment la population va réagir…

— Il y a actuellement plus de trois milliards de personnes qui sont en confinement. Suffit de leur ouvrir les portes pour passer d’un million de cas d’infections aujourd’hui à un milliard demain. Ça peut faire réfléchir et calmer les humeurs non ?

— Oui mon auteur mais tu connais comme moi le côté versatile de l’humain. Ce qu’il supporte aujourd’hui l’acceptera-t-il demain si la situation s’améliore ? Pas certain !

— Pas certain mais faudra bien ! Hier j’ai croisé à un mètre cinquante de distance réglementaire un copain. Il est auto-entrepreneur. Il galère non pas pour bosser, il a pas mal de chantiers en extérieur, mais pour trouver le matériel nécessaire à ses chantiers. Les magasins sont fermés dans leur quasi-totalité. Il commande mais les « drives » de bricolage ne sont pas très développés. Certaines enseignes ont bloqué les commandes dans leurs entrepôts et d’autres ont fait appel à des livraisons à domicile qui ne livrent plus ! Le copain est obligé d’aller aux dépôts de ces centrales pour récupérer ses commandes. Il rame comme un galérien pour finir certains chantiers. Il me parlait d’un client pour lequel il doit refaire la salle de bain. Il a fini de casser l’ancienne la veille du confinement. Heureusement qu’il avait anticipé dans l’achat des matériaux mais il y a toujours la visserie qui manque ou celle qui n’est pas avec le radiateur ou encore le meuble sous lavabo qui n’a pas été livré, la faïence qui n’était pas en stock… Plus de salle de bain chez le client. Un week-end, il le supporte, il se débrouille avec la famille, les voisins, mais quand tu es confiné, sans salle de bain… Pas content le client, pas content du tout du tout. Et le copain, bien dans le caca. Heureusement il avait fait des réserves de papier hygiénique ! (Je blague). « Rame, rame, rameurs ramez » chante Souchon, « de Mantes la Jolie à Tourville la Rivière, en passant par Louviers et Vernon » aurait pu ajouter Graeme Allwright. Mon copain les a tous faits, les magasins. Il a trouvé ! Ainsi, il a tout fait, dans la salle de bain. Le client peut se laver ! Nous nous sommes quittés sur le parking d’Intermarché sans nous faire la bise habituelle. Moi je faisais la queue et lui se rentrait chez lui, content de son exploit. Le client est content !

 — Ce qui semblait simple hier est plus compliqué aujourd’hui.

— C’est un lieu commun ton propos Raymond, mais c’est un fait indéniable. Certains profitent du temps obligé pour sortir de leurs habitudes et tenter autre chose. J’ai un copain, Patrice, plus que ça, un frangin du coin du cœur, qui s’est mis à écrire. Sans autre prétention que de se faire plaisir et de partager son plaisir. Il écrit des petites Nouvelles « à la façon de … ». Il en a fait une à la façon « Maigret » et une deuxième à celle d’« Hercule Poirot ». Un petit régal. Rien de révolutionnaire, pas de prétention littéraire, non rien que le plaisir de se faire et de faire du bien aux copains. J’adore.

— Tu me fais voir ?

— Si tu veux mon Raymond. Tu cliques sur « Patrice Colasse » et ça te conduit à ses nouvelles. Pas plus dur et cinq minutes d’une satisfaction partagée.

 Merci mon auteur. Ça va me remplacer ta chronique de demain.

— Absolument Raymond. Demain c’est dimanche, grasse matinée et barbecue dans le jardin. Le septième jour, Allah, Dieu, Jahvé et compagnie se sont retournés. Ils ont vu le boulot abattu. « Eh les copains, on se la coince aujourd’hui ! » ont-t-ils décrété. C’est de là que vient l’apéro, le tiercé et la grasse matinée du dimanche. Merci les dieux. À lundi mon Raymond.

— À lundi mon auteur.

— À lundi Raymond. Bises virtuelles à la famille et aux copains confinés dans les méandres de l’amitié et de l’amour. Pensez aux autres, restez chez vous !

Accès aux Nouvelles de Patrice Colasse : lien

2 commentaires sur « Chronique du 04 avril 2020 »

  1. Mon cher Raymond, j’apprends que ton auteur a laissé la plume aujourd’hui,sous prétexte que c’était dimanche. A ta place, je lui ferai la tête lundi ! Ceci étant, il t’a conseillé de lire des nouvelles que j’avais commises. Il s’est rattrapé aux branches. Et puis tu sais, il est préoccupé en ce moment avec le virus. Bien que les résidences pour jeunes ne connaissent pas le sort des EHPAD, il n’a pas l’esprit libre. Alors, pardonne lui ce jour de repos qu’il a bien mérité !
    Au plaisir de te rencontrer demain. Bonne soirée !

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