Chronique du 06 avril 2020

— Salut Raymond.

— Ce n’est pas Raymond, c’est Madeleine.

— Que se passe-t-il ? Raymond n’est pas malade au moins ?

— Mais non, rassure-toi. Tu le connais, c’est toi qui l’as inventé, il est pourvu d’un réel esprit de contradiction qui plus est, avec un poil d’anticléricalisme, notoire. Résultat des traits de caractère dont tu l’as affublé, il fait relâche le lundi en lieu et place du dimanche.

— C’est un peu du n’importe quoi.

— Peut-être pour toi mais je trouve que ça tombe bien.

— Pourquoi, n’est-ce pas votre délégué ?

— Oui et moi je suis la déléguée suppléante et je trouve qu’il n’y a que les hommes qui s’expriment dans tes chroniques. Et les femmes alors ? Tu pourrais nous laisser une place et pas une petite, une vraie, une entière, une égale à celle de la gente masculine. Avec les autres femmes de tes romans, nous exigeons d’être entendues !

— Cool Madeleine, ce n’est pas moi qui ai fait les élections du délégué ou de la déléguée titulaire.

— Eh, oh l’auteur, qui est-ce qui nous a mis en confinement et a décidé d’écrire des chroniques ? Qui a privilégié Raymond comme interlocuteur principal de Monsieur l’auteur ? C’est bien toi non ? Tu devrais lire attentivement certains commentaires que tu reçois !

— Toi aussi tu lis mes courriels ?

— Bah oui, faut bien s’occuper. Il y a de quoi en naviguant entre les courriels de ta boîte pro, ceux de ta boîte d’écrivain et ceux de ta boîte perso. Il y a suffisamment pour occuper une journée entière. Tu as bien lu celui de Manu et Virginie ?

— Euh lequel ?

— Bah mon auteur, pas très attentif comme lecteur. Celui où justement ils t’écrivent qu’ils aimeraient bien connaitre d’autres interlocuteurs que Raymond.

— Euh oui mais comment te dire…

— Ne dis rien, tu n’es pas crédible ! Tu ressembles à un journaliste du « Vingt heures » à la télévision qui doit occuper l’antenne pendant les quarante-cinq minutes de l’« Édition spéciale coronavirus ». Spéciale depuis un bon mois et elle le sera encore un bon bout de temps. Qu’a-t-elle de spéciale si ce n’est de véhiculer un maximum de nouvelles plus anxiogènes les unes des autres ? Ça démarre avec le décompte des morts, des contaminés et des intubés. Ça se poursuit avec le reportage trash sur un service d’urgence où un toubib nous annoncera, le visage grave et fermé, qu’il y a pénurie de masques. Tiens les masques ! C’est le nouveau cheval de bataille, même Mélenchon se met de la partie en disant que s’il en avait, il en mettrait… Les journalistes vont nous chercher des études aux quatre coins de la planète. Elles nous démontrent, avec graphiques et montages, que le virus se propagerait dans l’air. Elles laissent la parole à d’éminents spécialistes qui en ajoutent une dose mortelle. Et le journaliste de conclure au bout de dix minutes que rien n’est prouvé, rien n’est scientifiquement vérifié mais que ce serait mieux de porter des masques. Ouah ! la trouvaille !!! C’est vrai que nous sommes trop cons. Nous n’avions pas compris depuis la mi-janvier. Punaise heureusement qu’il y a l’édition spéciale quotidienne du « Vingt-heures » pour nous le dire que le masque est une protection. Tu va voir que demain, ils vont nous dire que le préservatif est la meilleure barrière contre le Sida !!! Pourquoi faut-il que l’information utilise un discours d’angoisse pour dire des banalités. Et que je te remets une couche sur la pénurie de masques. Là aussi on le sait. Ce que nous savons moins, c’est la guerre commerciale qui se joue entre les nations pour en importer. Que je t’offre dix pour cent de plus pour que tu déverses la cargaison de l’avion à New York au lieu de Paris, que j’en ajoute dix et l’avion fera escale à Londres. L’économie chinoise va vite reprendre des couleurs à cette allure.

— Mais alors, pourquoi regardes-tu les informations Madeleine ?

— Parce que j’espère qu’ils me parleront un peu moins de mon nombril et un peu plus de ces peuples qui n’ont pas nos moyens.

— Ils en parlent un peu…

— Tu te satisfais de peu l’auteur. On croirait que la pandémie est concentrée à quelques pays. En Europe, l’Italie, l’Espagne, la France et la Grande Bretagne, sur le continent américain, juste aux États-Unis et en Asie, la Chine. Ajoute un zeste de Russie et le compte y est. Quid de l’Inde, de l’Afrique ? Et au Moyen Orient ? Tout va bien à la frontière entre la Syrie et la Turquie ? Il n’y a plus de journalistes pour le dire, ils sont rentrés chez eux. Et en Turquie ? Monsieur Erdoğan a la situation en main, il bâillonne, pas besoin de masque ! On ne nous parle de l’Afrique que pour nous dire que l’ancien entraineur de l’OM est décédé du corona à Dakar. Mais les autres habitants ? Comment font-ils au Burkina entre les extrémistes islamistes et le virus ? Et au Brésil dans les favelas et sur les plages désertées par les touristes, où Jair Bolsonaro, le frangin de Trump et Johnson, vient parader et dire aux vendeurs à la sauvette qu’il faut que l’économie soit prioritaire. Et au Chili, pas de malade ? Et en Australie, tout va bien, le virus a été éradiqué par les méga-feux ? Priorité absolue à la France !

— C’est normal, les téléspectateurs français veulent qu’on leur parle de ce qui se passe chez eux.

— C’est normal, mais pourquoi toujours mettre l’angoisse et la peur en avant. Le négatif en première ligne. Je ne suis pas pour que soit ignoré les erreurs, les maladresses, les inepties, les insuffisances. Il y en a et pas que la moitié d’une. On met, à juste titre, en avant le don de soi des personnels soignants et de tous ceux qui font que le virus perdra la partie. Mais la partie ne se mène pas qu’en France. Nous avons des moyens pour la combattre, des TGV, des hélicoptères, des avions pour désengorger les services de réanimation. L’Allemagne nous accueille. Elle a eu la chance de ne pas avoir les six cents participants à ce rassemblement religieux qui ont propagé la maladie partout dans notre pays. L’Allemagne accueille nos malades. C’est ça l’Europe, la vraie, la fraternelle, celle dont ont rêvée tes parents mon cher auteur. Cessons de nous plaindre. Baissons nos manches, mettons nos gants et, si nous en avons, nos masques. Gardons nos distances mais regardons au-delà de notre existence. 

— Bah mon colon, « la Madeleine va nous chercher à boire », de l’espoir, un autre regard, un retard des idées noires, des idées desserties de leur gangue de pessimisme. Et si on voyait mieux le mieux ? Si, quand on se croise, on se mettait à sourire. Le sourire, c’est un sacré masque contre le morbide, le pessimisme. Le sourire, ça fait gagner les parties perdues d’avance, les avenirs sans avenir. Ça fait croire en demain !

— Tu dis vrai notre auteur. Cessons de regarder les éditions spéciales de l’angoisse et regardons le ciel, il est bleu ces jours-ci.

— Regarde, Madeleine, j’ai pris des photos de ce ciel normand, sans nuage, sans traîne d’avion. Le soleil, le bleu infini. Le ciel du confinement qui nous évade.

— Demain Raymond revient.

— Porte-toi bien Madeleine. Tu reviens quand tu veux.

— À la prochaine.

— Bises virtuelles à la famille et restez chez vous mes héros, avec le sourire !

Accès aux Nouvelles de Patrice Colasse : lien

Un avis sur “Chronique du 06 avril 2020

  1. Alors Raymond, t’es pas venu et t’as laissé ta place à Madeleine… qui en a profité pour faire son couplet sur le féminisme ! T’aurais pas dû. La prochaine fois, c’est elle qui va se placer comme déléguée titulaire et toi tu vas te retrouver délégué suppléant. T’aurais pas dû. Ceci étant, c’était intéressant ce qu’ils disaient. Moi aussi, j’en ai ma claque de ces pseudo débats où l’on fait venir des politicards pas plus férus de médecine que moi et qui vont déclamer sur les bienfaits de la chloromachin face à d’autres, qui n’en connaissent pas plus et qui vont jurer le contraire. Triste visage des médias ! Je suis complètement d’accord sur les remarques liées au nombrilisme des nos journalistes. Je pense très fort à mes ami.e.s Burkinabés qui vont mourir à petit feu. Il parait qu’il n’y a qu’un appareil de respiration pour tout le Burkina. Virus complice de daesh ! Allez, je vous quitte. Je vais tenter de terminer une nouvelle nouvelle ! À demain… et toi Madeleine, n’hésite pas à revenir !

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