Chronique du 07 avril 2020

— Qui est là ce matin ?

— C’est moi mon auteur, Raymond.

— Salut Raymond, tu reprends ta place ?

— Oui, j’avais envie d’une journée de plus à ne rien faire mais après avoir lu les commentaires sur ton site Internet, je rapplique dare-dare.

— Tu n’as pas eu de chance pour ton lundi de repos, le temps était un peu maussade.

— Ensoleillé ou nuageux, où est la différence quand on est confiné dans le disque dur. Faut reconnaitre tout de même qu’un rayon de soleil entre les octets ne fait de mal à personne. Quoi de neuf dans le réel ?

— La presque routine. Les cours virtuels du collégien, les cours à imprimer de l’étudiante, la course aux courses pour trouver du pain de mie. C’est la grande nouveauté de ces derniers jours. Après les pâtes et la farine, le papier hygiénique et l’essuie-tout, impossible de trouver du pain de mie ou celui pour faire des hamburgers… Les pâtes sont de retour en masse, il y a même des promos du style deux paquets pour le prix d’un. Pour le pain de mie, rayons vides. Remarque, ce n’est pas trop grave. On peut se priver du croque-monsieur ou du hamburger. Un bon plat de lasagnes végétariennes ou de couscous est bien meilleur.

— Ouais, mais as-tu vu les prix des légumes ?

— Ils se dé-confinent, c’est vrai. Ils ne traversent plus ni la Méditerranée ni l’Europe. Ils arrivent direct des maraîchages français. Pas de coût de transport mais une fois et demie plus chers tout de même !

— C’est le coût de la main d’œuvre qui est plus élevé en France.

— Coup derrière la tête pour ceux qui sont au RSA. Ils ne pourront pas prendre sur le budget « sorties » pour avaler l’augmentation des fruits et légumes. C’est encore eux qui feront les frais du frais.

— En forme l’auteur ce matin ! Dis, as-tu vu le commentaire d’hier sur le Burkina ? Ils n’auraient quasiment pas d’appareils respiratoires ?

— Oui. Comme le disait si justement Madeleine, personne n’en parle au « Vingt heures ». Je dis cela mais j’ai vite zappé les informations hier soir. Assez du décompte et des commentaires fumeux et foireux. Je ne pense pas qu’ils soient sortis des pays habituels pour dénombrer les morts.

— Pas plus que d’habitude. Avec une nouveauté qui n’a pourtant rien d’originale, la violence intrafamiliale qui réapparaît en fin de journal à l’occasion du meurtre de deux enfants et de leur mère par le conjoint de cette dernière. Quand on sait que la grande majorité des violences et des viols sur enfants se font dans le cercle familial, on ne peut que craindre énormément les conséquences de l’enfermement actuel.

— Et la chape du silence continuera, hélas, d’assourdir la parole des victimes. Je crains Raymond que les psychologues et psychiatres n’aient de beaux jours devant eux.

— Et les instituts thérapeutiques spécialisés dans l’accueil d’enfant victimes, aussi.

— Changeons de sujet si tu veux bien. Hier j’ai eu ma frangine au téléphone. Elle était toute chose car une de ses petites-filles s’est mariée pendant le week-end.

— Elle n’a pas pu y aller.

— Bien sûr que non. Ni son fils, ni la mère de sa petite fille, ni les belles-mères, ni le beau-père, ni les frères et sœurs issus de ces deux familles décomposées-recomposées.

— Pourquoi n’ont-ils pas décalé la date ?

— Impossible mon Raymond. Sarah s’est mariée avec un allemand à Berlin. Tous les papiers concernant le mariage et ses conséquences de double nationalité n’avaient de validité que jusqu’au mois de mai. Alors, juste les mariés, le maire et des employés municipaux en guise de témoins.

— De quoi, une de tes nièces s’est mariée à un allemand ? Me dire ça à moi. Je te rappelle que tu m’as fait fils d’immigré alsacien ayant fui sa ville natale de Bischwiller en 1871 pour rester français.

— Oh ça va ! Nous sommes en 2020 et l’Allemagne nous ouvre ses hôpitaux pour désengorger les nôtres. Et que je sache, je t’ai fait anarcho-syndicaliste pacifiste.

— Oui d’ailleurs ce serait vraiment bien de reprendre l’écriture du roman. On commence vraiment à se languir de la suite de nos aventures avec les autres héros confinés.

— T’inquiète Raymond, c’est pour bientôt. La semaine prochaine ce sont les vacances. Pendant deux semaines, la tranchée menant à l’ordinateur sera libérée. Je mets au point une stratégie de reconquête avec la cheffe d’état-major, la Générale Karine. Les plans sont prêts, la bataille devrait avoir lieu dans la nuit du 12 au 13 avril. J’espère une victoire complète le 13 au matin.

— Ce sera le lundi de Pâques.

— Tu t’affaiblis l’anticlérical. Les cloches sont confinées elles aussi. Impossible de partir à Rome jeudi. Pas de veillée de Pâques. Le Pape va se retrouver tout seul dans sa basilique. Visio conférence avec Jésus et ses disciples, les cardinaux, les évêques, les curés et les religieuses. Manquerait plus que ça bug ! Jésus obligé de se payer deux ou trois jours de rab dans les profondeurs de son caveau avant de ressusciter ! Le bazar ! Je vais te dire Raymond, lundi de Pâques ou de la Trinité, la tranchée sera libérée. À nous les touches et les octets, le disque dur à volonté, la mémoire vive à satiété.

— On va gagner !

— On va gagner mais d’ici là, le collégien a un nouveau cours virtuel dans dix minutes. Je dois laisser la place.

— À demain mon auteur.

— À demain Raymond. Bises virtuelles à la famille. Pensez aux autres, restez chez vous !

Accès aux Nouvelles de Patrice Colasse : lien

Un avis sur “Chronique du 07 avril 2020

  1. « Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes : Ils peuvent se tromper comme les autres hommes ». Voilà ce matin la citation du jour (Pierre Corneille) que j’avais envie de vous soumettre en pensant à Boris Johnson qui a clamé longtemps que la population allait s’immuniser toute seule et qui a serré des mains jusqu’à il y a quelques jours, au « grand » Trump qui disait qu’il fallait mieux mourir du Covid 21 que de la crise économique. J’arrête ma liste car je suis limité en nombre de caractères… et cela n’aurait pas d’intérêt.
    Sinon, Raymond tu m’as déçu avec tes réflexions sur les allemands. Reprend toi, sinon je demanderai à l’auteur de t’en réserver des « vertes et des pas mures » dans la suite du roman ! Quant à toi, l’auteur, si j’ai bien compris, tu t’apprêtes à sonner les cloches le lundi de Pâques. Eh, eh !!!
    Bon je vais retourner aussi à ma nouvelle où l’inspecteur Nigul Ladõnskaja m’attend avec impatience pour résoudre l’énigme du e-virus !
    Bonne journée,
    Patrice

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