Chronique du 08 avril 2020

— Salut Raymond.

— Salut mon auteur. Tu as occupé le terrain hier.

— Oui, deux heures et demi d’audio-visio-conférence avec la direction et les cinq membres du Bureau de l’association des résidences pour jeunes.

— Réunion de crise ?

— Et non, première réunion depuis un mois dont le sujet principal n’était pas le corona. Bien plus, nous n’avons abordé ce point qu’en toute fin de rencontre, succinctement. Non, nous avons travaillé sur les dossiers habituels, la création d’une résidence pour les jeunes à Pont-Audemer, un nouveau projet initié par une agglomération dans le département et le fonctionnement courant d’une organisation avec son personnel, ses embauches, sa trésorerie, la clôture des comptes de l’année 2019… Tous ces sujets qui font la vie d’une association tout autant que celle d’une entreprise !

— Avec une différence entre les deux, c’est que les administrateurs ne touchent pas d’indemnités de présence ni de dividendes.

— C’est exact, c’est le bénévolat. Il va loin parfois ce bénévolat. Il va au-delà du don de temps, de compétences, de capacité. Je connais une association qui se maintient hors de l’eau grâce à un de ses membres qui, chaque année, renfloue son déficit. Une autre qui compte une dizaine de salariés, est dirigée par une équipe collégiale de bénévoles car elle n’a pas les subsides nécessaires pour financer un poste de direction. Et toutes celles qui font se retrouver chaque semaine, chaque jour parfois, des fadas de l’engagement au service des autres pour distribuer de la nourriture ou des vêtements, trouver un logement, mettre à l’abri une maman et ses enfants des violences d’un mari ou d’un père, organiser une sortie à pieds ou en vélo, en forêt ou au bord de la mer, distribuer une soupe en hiver, faire une soirée vidéo pour des SDF. Une fois par an, TF1 nous offre la grande parade des « Enfoirés » au profit des « Restos du cœur ». C’est bien, c’est tant mieux. Une autre fois, France 2 nous concocte ses vingt-quatre heures non-stop pour le « Téléthon » afin de rameuter des millions d’euros. C’est bien, c’est tant mieux. Il y a aussi le « Sidaction » et son défilé de célébrités qui nous incitent à sortir couverts. C’est bien, c’est tant mieux. Ce serait bien, ce serait tant mieux qu’une fois, de temps en temps, sans grandes pompes ni tralala, sans parade ni défilé de la misère et de la maladie, sans sourires béats ni larmes de circonstance, seulement avec le désir d’inciter à s’engager, ce serait bien, ce serait tant mieux qu’on nous fasse voir le mouvement associatif. La plus grande entreprise de France, celle qui compte le plus de personnel, salarié ou non, qui fait vivre la fraternité, la solidarité. Pas de soirée spéciale ni de record de temps d’antenne. Non rien qu’une piqure de rappel régulière, un vaccin contre l’indifférence et l’égoïsme, un masque de protection contre la propagation du repli sur soi. Pas de spectacle, ni de spectaculaire. Le tout venant de l’amour des autres sans chichi, sans maquillage ! Ce serait bien, ce serait tant mieux !

— Voilà qui est dit et sera à redire mon auteur. Le confinement portera peut-être le message vers l’avenir ?

— Bof pas certain. J’ai lu ce matin en déjeunant le titre d’un reportage. Il disait ceci : « Quand pourra-t-on revivre comme avant ? ». La grande question, revivre comme avant ! N’y aurait-il pas l’espoir que bien des choses ne soient plus comme avant ? Cette pandémie qui remet l’homme à sa place, qui pose la question du rôle de l’intelligence artificielle, qui interroge sur l’utilisation des données recueillies sous couvert du scientifique. Revivre comme avant… Si le confinement ne donne que ça, que de temps perdu, que de morts et de drames sans leçons tirées !

— Tu sais que dans ton ordi, on ne perd pas notre temps. On échafaude la suite de nos aventures. Avec Madeleine et Constant nous aurions quelques idées à te soumettre.

— Eh mes héros, on se calme là. C’est moi l’auteur.

— Oui mais ce sont des pistes que tu pourrais prendre.

— Mais c’est déjà vous qui menez l’histoire. Souvent je prends une route mais une réflexion de l’un, un regard de l’autre m’engage sur un chemin de traverse qui vous conduit dans des phrases et des mots ou des maux que je n’envisageais pas l’instant d’avant. Ce que je veux bien, ce sont des conseils de Constant, qui a fait la guerre de 1870, pour mener à bien la bataille du 13 avril prochain, début des vacances scolaires et ouverture du front de l’utilisation de l’ordinateur durant cette période.

— Je le lui dit. Au fait j’ai vu un super courriel cette nuit.

— Mais c’est la cinquième colonne ce mec !

— Faut pas abuser ! Une colonne à moi tout seul ? Tu en rajoutes. Non tu as oublié de fermer tes boites mails hier soir, alors j’ai entrouvert ta Gmail et vu le message.

— Curieux que tu es. Mais oui, j’ai un ancien collègue de l’usine qui m’a envoyé un mot. Il m’a retrouvé grâce à nos chroniques mon cher Raymond. On s’est rencontré il y a tout juste cinquante ans lundi quand j’ai commencé comme manœuvre de laboratoire. Je l’ai remplacé à ce poste car lui était promu comme aide-laborantin dans l’unité d’essais de l’usine. On s’est suivi pendant des années, lui avec deux ans de plus que moi, deux ans d’avance sur moi. Lorsque j’ai quitté l’usine, vingt ans après, il y est resté. Je viens d’apprendre par son courriel qu’il a changé de région. Je vais lui téléphoner, il m’a laissé son numéro.

— C’est sympa ton histoire.

— Il y en a d’autres. Avec Stéphane, on a mis en ligne une galerie virtuelle avec quelques toiles d’un copain, retrouvé également grâce à l’écriture. Clique sur « André Liberprey ». Certains écrivent, d’autres font de la peinture. André a fait ma pochette de disque il y a quarante ans. On se retrouve. Le confinement rapproche.

— J’y vais de ce clique.

— Bonne découverte Raymond.

— À demain mon auteur.

— À demain Raymond. Bises virtuelles à la famille et restez chez vous.

Accès aux Nouvelles de Patrice Colasse : lien

Accès aux Tableaux d’André Liberprey : lien

Un avis sur “Chronique du 08 avril 2020

  1. Cette chronique atteint un haut niveau culturel !
    Chapeau à André pour ses tableaux « hors normes » !
    Après les remarquables nouvelles de Patrice, il n’y a plus qu’à souhaiter un confinement de très longue durée… Et puis, non, car les réunions de Bureau par vidéo conférence, c’est bien, ça fait gagner du temps et ça profite à la planète (moins de déplacements)… Mais un petit restau de temps en temps, c’est pas si mal !
    Je viens de terminer une dernière version de ma nouvelle. J’hésite toujours à la mettre en ligne… L’insatisfaction des auteurs (hein, l’Auteur ?).
    Bon, bon courage à tous et merci à Stéphane d’avoir mis en ligne ces rubriques. À demain.

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