Chronique du 10 avril 2020

— Salut Raymond.

— Salut mon auteur. Quoi de neuf ce dix ?

— Tu commences fort ce matin.

— Eh tu as vu l’heure ? J’ai eu le temps de cogiter notre premier échange.

— Désolé pour toi mais j’ai traîné au lit et il n’est que huit heures pour le neuf du dix.

— Ouah ! Qui dit mieux ? Du genre blague à deux ronds, ça va être difficile de faire pire. Excusez-nous amis lecteurs, hier c’était le jeudi saint et si les cloches des églises ne se sont pas envolées à Rome comme le veut la tradition, le niveau intellectuel de ce début de chronique ne vole pas bien haut lui non plus ! Mon auteur, on tente de se ressaisir ? Tu as terminé ton bricolage avec tous tes doigts hier ? J’ai vu la photo du toit de la cabane des enfants. Pas mal mon caporal ! Comme a dit ton copain Stéphane « Toi, t’as les doigts qu’on fait un beau toit. Ça ne m’étonne pas de toi ! ».

— Mesdames et messieurs, chers lecteurs, la société de production « Des chroniques quotidiennes aux héros confinés » est vraiment désolée de cet échange lamentable de ce début de matinée. Des sanctions seront et sont d’ores et déjà prises. La première consistera à imposer le confinement total aux sous-blagounettes de sous-marque.

— Sympa pour ton pote. Il fait de l’humour dégriffé ?

— Mais non, pas lui, toi Raymond !

— Gaffe, je vais finir par te déclencher une grève sur le tas ou sur la grève !

— Tu ne peux pas. Il est interdit d’aller sur la plage. Bon cessons-là nos gamineries veux-tu ?

— Oui, ça va finir par se gripper avec un grain de sable de la grève dans les rouages et la grippe, il ne vaut mieux pas actuellement.

— Tiens, le fils du voisin est rentré chez lui, hier, après une bonne dizaine de jours d’hospitalisation. Il a chopé le corona.

— Vous le saviez ?

— Non, ni lui, ni sa famille n’ont voulu en parler. Tu sais, Raymond, il y a des résurgences moyenâgeuses dans cette réaction. Du temps de la peste et du choléra, on enfermait les familles chez elles. On condamnait les portes et les fenêtres et souvent, les personnes mouraient de soif avant de succomber à la maladie. Pour éviter ça, certaines familles cachaient leurs malades, les enterraient dans leur maison. Pire qu’une honte, une malédiction satanique entraînait une condamnation à mort sans possibilité de grâce.

— Je ne vois pas le rapport.

— il est simple pourtant. D’attraper le corona condamne les proches à une quarantaine absolue et ce mot « condamne » n’est pas un vain mot. C’est une proscription au vivre avec. Alors, afin d’éviter cette mise au clou, cette infamie pour certains, cette foudre divine pour d’autres, ce pas de chance ou ce manque de vigilance en réalité, d’aucuns sont tentés de cacher, de ne pas dire. Quand la quarantaine est levée et le malade de retour au domicile, le tabou s’estompe. Là c’est un peu la fierté qui l’emporte. On a vaincu la maladie, on le dit car on est fier d’avoir été plus fort.

— Tu crois que c’est ce qui motive au silence ?

— Je ne sais pas ; c’est une explication comme une autre. Je pense seulement que chaque mot compte quand on côtoie la mort.

— Le Président de la République va s’adresser aux Français lundi ?

— Oui. Chacune de ses interventions est un exercice de style. Lui aussi doit être extrêmement attentif à chaque mot, chaque tournure de phrase qu’il utilise et sur la façon dont il les traduit dans sa posture, ses expressions. Une formule mal agencée, un propos mal choisi peuvent provoquer l’angoisse, la peur, la colère ou le relâchement. Je ne voudrais ni écrire ses discours ni les prononcer. Que tu sois d’accord ou pas avec lui, dans cette période, force est de reconnaitre qu’il faut être costaud dans la prise de décisions et dans la communication. Au regard des sondages qui ne veulent jamais rien dire mais que nous consultons tous avec avidité, le Président et le gouvernement satisfont les français. Pas de souci à se faire, quand la pandémie sera terminée, il y aura un maximum de tribuns politiques et autres mastodontes de la parole pour célébrer les messes de « y-avait-qua » !

— Dis-moi mon auteur, vous jouez toujours la famille « Pierre à feu » ?

— Tu te moques parce que nous avons ressorti le vieux magnétoscope et les cassettes VHS ?

— Bah oui.

— Hier soir c’était comique. Nous avions tous convenu de se refaire « Tarzan » de Disney. En cherchant « Mulan », Léa et Matthieu avaient retrouvé la cassette. Donc, chacun s’installe. Karine et Léa dans le canapé, Matthieu enveloppé dans une couverture au fond d’un fauteuil et moi, dans l’autre songeant aux délices de l’endormissement programmé dans les cinq minutes maximum après le début du dessin animé. La vidéo démarre. Des bandes multicolores sillonnent l’écran et finissent par s’estomper pour laisser place à une image « bof », mais une image tout de même. Les bandes annonces des films qui seront en salle en décembre 2000 s’enchainent sans incidents. Enfin, au bout d’un bon quart d’heure, le film commence. Juste assez de temps pour creuser l’appétit du petit dernier et faire retentir un « Maman, j’ai envie d’une semoule au lait » suivi d’un non moins enthousiaste « Oh, oui moi aussi ! » de Léa. Ces demandes sommatives sont assez convaincantes pour faire se lever Karine et l’envoyer vers la cuisine, le lait, la semoule, le sucre et l’eau de fleur d’oranger. Pause imposée ! L’écran se fige sur une fleur blanche sensée s’ouvrir dans les vingt-six images secondes d’après. Retour en position assise, pipi d’avance fait, chacun se calle et légère pression sur le bouton Play qui ne donne rien. Deuxième, troisième, xième pression. Toujours rien. Rew, Stop, Play, Eject, dans l’ordre et dans le désordre. Toujours rien. Rembobinage de la cassette avec un stylo et litanie des manipulations précédentes sans plus de résultat ni miracle. Force est de constater, la cassette VHS est HS. Qu’importe, ne sommes-nous pas en 2020 ? Ordinateur, plate-forme de films gratuits. « J’ai ! » assure la pro du téléchargement. La semoule au lait n’est plus qu’un souvenir desséché dans les coupelles. La carafe d’eau exige d’être remplie, chacun retrouve avec délice sa place mi-assise, mi-avachis. Et le film reprend ! Soudain, juste au moment où la fleur blanche va s’ouvrir, juste à cet instant tant attendu où je m’endors, patatras ! Bug et compagnie ! Le téléchargement ne télécharge plus ou seulement par à-coup d’une image toutes les vingt-six secondes. Chacun se lève pour éteindre le wifi sur son téléphone, sa console, l’ordinateur. Rien à faire, rien n’y fait. Aucun résultat ni miracle. Toujours une image toutes les vingt-six secondes. Il est vingt-trois heures et vingt-six minutes. Nous n’avons pas revu le « Tarzan » de Disney hier soir. La soirée s’est achevée sur un éclat… de rire général et un pied de nez aux techniques d’hier et d’aujourd’hui. Bonne nuit à demain !!!

— Vous retentez ce soir ?

— On verra, à chaque soirée suffit sa peine de mort des écrans.

— Tu bricoles aujourd’hui ?

— Juste pour mettre les portes de la cabane des enfants. Il ne faut pas pousser. Je vais profiter d’une des chaises du jardin à l’ombre de cette cabane réhabilitée pour l’été.

— À demain mon auteur, attention aux coups de soleil.

— À demain Raymond. Bises virtuelles à la famille et restez chez vous.

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Un avis sur “Chronique du 10 avril 2020

  1. Salut les artistes, et l’Auteur ressaisit toi ! Qui c’est le chef, m… alors. Bon ceci étant dit, je voudrais en rajouter sur la méchanceté humaine, à propos du Corona (pas la bière ni le cigare, mais le virus). Plusieurs infirmières ont reçu par voix anonyme, bien entendu, des injonctions à « foutre le camp » de leur appartement car elles soignaient des malades atteints du Covid et qu’elles risquaient de le transmettre à tout l’immeuble. Remarque, j’ai connu cela avec les soignants qui intervenaient auprès de porteurs du Sida. Quelle tristesse !
    Bon, à part cela l’Auteur, nous avons un point commun : la nostalgie des vieux dessins animés. Pour ma part, je me suis fait cette nuit une bonne séance de Tex Avery. Dans le placard aux cassettes, il y avait aussi Babar… mais là non, quand même pas.
    Au fait, ça y est, j’ai publié ma nouvelle nouvelle (la n°3). Je te laisse la découvrir.
    Bonne soirée !
    nb : pour les films, il y a aussi les Pokémons

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