Chronique du 11 avril 2020

— Salut Raymond.
— Salut mon auteur. Il y a du relâchement ces derniers jours. Hier huit heures, aujourd’hui neuf. Je pourrais te chanter « Tu t’laisses aller, tu t’laisses aller » de Charles Aznavour. Manquerait plus que tu écrives avec « … Tes bas tombant sur tes chaussures, et ton vieux peignoir mal fermé, et tes bigoudis quelle allure… ».
— Tout doux mon Raymond, je n’ai pas de peignoir, ni vieux ni neuf. Ce sont les vacances de printemps donc pas de lutte fratricide pour accéder à l’ordinateur. D’où mon côté obscur du flémard ce matin.
— Tu vas nous la jouer Star Wars maintenant. Au fait, vous avez regardé « Tarzan » hier soir ?
— Bah non ! Au grand désespoir de Princesse Leila-Léa et de maitre Yoda-Matthieu, nous ne sommes pas parvenus à télécharger le film. Stéphane m’a bien proposé de nous envoyer une copie sous format 8 mm mais la diligence était déjà partie quand il est allé au relais-poste.
— N’importe quoi ! Tu as pris le soleil sur la tête ?
— Par Toutatis, mieux vaut un coup de soleil, à la terre qui nous tombe sur la tête !
— Aznavour, Tarzan, Star Wars, Astérix et Obélix, manquerait plus qu’une citation de Lebeau ! Tu fais dans le haut de gamme culturel mon auteur.
— C’est pour mieux te faire supporter mon repos dominical de demain. Tiens d’ailleurs, pour t’occuper l’esprit ou ce qui t’en reste, tu peux cliquer sur « Patrice Colasse » et tu auras sa nouvelle Nouvelle. Petite surprise supplémentaire, clique sur « Jean-François Rottier », tu découvriras deux de ses Nouvelles inédites.
— Ouah, c’était ça tes magouillages en copie cachée de ces derniers jours. J’ai de quoi lire pour mon dimanche.
— Pour sûr et agréablement. Il faut se changer les idées dans ces jours et ces nuits confinés. La vie tente de poursuivre sa vie mais c’est parfois sans envie et parfois elle se plante car la mort n’est pas confinée pour les confinés. Un de religion musulmane, un autre de religion juive, les autres de religion chrétienne. Vendredi c’était jour de prière pour le premier. Chacun chez soi loin des mosquées, des salles de prières de quartier. Il a pris sa moto. Pourquoi ? Nul ne le sait. Se défouler ? Faire une course ? Travailler ? Il a pris l’autoroute et la mort l’a fauché. La trentaine, trois gamins. Sa femme est seule pour pleurer en ce jour de prière musulmane. C’était un collègue de travail de Karine. Chacun pleure en silence en gardant ses distances de sécurité. Même la tristesse est confinée. Le deuxième aurait fait shabbat aujourd’hui. Il en a eu assez. De qui ? De quoi ? Je ne le sais. De sa copine qui ne voulait plus de lui ? De lui qui ne voulait plus de lui ! Il s’est jeté du haut de son appartement vers le néant, dans les bras accueillant de la mort. Et la mort était au rendez-vous. Personne ne sera autour de sa tombe pour chanter la litanie des morts avec le rabbin de la synagogue. Même la tristesse est confinée. Elle, regardait la télévision avec ses trois enfants. Il est arrivé. Il avait encore bu, bien trop bu comme toujours, comme chaque jour. Et la violence a éclaté. Comme toujours, comme chaque jour. Il l’a frappée, rouée de coups sur le corps, sur la tête. Et les enfants criaient. Les voisins confinés ont appelé la police. Elle est arrivée trop tard, bien trop tard. La mort avait frappé à grands coups de couteau devant la télé allumée. Trois enfants, une femme s’en sont allés. Il n’y aura pas de marche blanche pour eux. Quatre cercueils alignés dans le chœur d’une église et personne pour hurler la colère des femmes et des enfants violentés ! Même la tristesse est confinée, même la colère. Faut se changer les idées. Allez viens Raymond, il y en a assez de « Tous ces mots terribles qui font des chansons » que chantait François Béranger avant d’ajouter « … J’ai chevillé dans le cœur un rêve de bonheur, un jour nouveau qui se lève chasse mon chagrin… ».
— C’est Pâques demain. Si tu continues sur ce ton, j’en connais qui vont te sonner les cloches.
— Tu as raison Raymond. Les mosquées, les synagogues, les temples et les églises sont vides. La mort joue un come-back d’enfer entre ses cibles habituelles et ses couronnes nouvelles qui s’accrochent aux poumons. Ce n’est pas une couronne d’épines mais une écharde dans le pied qui met tout le monde à l’arrêt. Tout le monde mais pas l’Amour, pas l’Amitié, pas l’Espoir ! Tu as raison Raymond, à vingt-heures ce soir, on sonnera les cloches avec des bouts de bois, des couvercles de casseroles, des coups de sifflets et des cris. Nous serons peut-être seuls à le faire dans notre jardin comme chaque soir à vingt-heures, mais on le fera. Pas seulement pour dire merci aux personnels soignants pas seulement. Non, aussi pour faire entendre à la mort et son petit copain le désespoir, que nous vivons et que l’espoir lui n’est pas et ne sera jamais enfermé dans un recoin, dans une quelconque cave de notre cœur ! Je ne crois en rien Raymond ou peut-être que je crois en tout après tout !
— Le soleil brille ce matin.
— Oui et c’est bien. Un petit café m’attend sur la terrasse. Quelle chance j’ai, nous avons. Quatre cents mètres carrés de pelouse pour regarder le ciel et écouter les oiseaux chanter. Ils font un de ces vacarmes ceux-là actuellement !
— Bon dimanche.
— Bon dimanche Raymond et bonne balade littéraire dans les Nouvelles de « Jean-François Rottier », dans celles de « Patrice Colasse ». Belle promenade dans les tableaux de « André Liberprey ». Laissez-moi, laissez-leur vos commentaires !
— À lundi mon auteur.
— À lundi Raymond. Bises virtuelles à la famille et restez chez vous.

Accès aux Nouvelles de Jean-François Rottier : lien

Accès aux Nouvelles de Patrice Colasse : lien

Accès aux Tableaux d’André Liberprey : lien

Un avis sur “Chronique du 11 avril 2020

  1. Et ben, me voilà en bonne compagnie ! J’en rougis de plaisir ! Suis-je à la hauteur, chers Auteurs qui êtes des pros de l’écriture ? Les nouvelles de Jean-François sont passionnantes. Bravo ! Quant à notre Auteur Philippe, ses propos sont aujourd’hui bien sombres, mais hélas d’actualité. Pour ma part, j’y ajouterai une pensée pour de très proches amis dont la maman qui allait avoir 100 ans trois jours plus tard, est décédée… seule dans une chambre d’hôpital, qui a été mise en bière sans sa famille et est partie au crématorium seule. Les pompes funèbres les informeront de la date et du lieu où ils pourront récupérer l’urne. Bien entendu, c’est la situation qui impose tout cela. N’empêche que, ayant perdu ma maman il y a quelque temps, je comprends leur peine. Et il y en a tant d’autres ! Bon, j’arrête pour ce soir, avec la nostalgie de ne pouvoir mettre des œufs dans le jardin demain pour mes petits enfants comme tous les ans. Saleté de Covid 19. A +

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