Chronique du 13 avril 2020

— Salut Raymond.
— Salut mon auteur. As-tu passé un bon dimanche ?
— Excellent ! Enfin aussi excellent que possible avec l’absence des niçois, de leurs rires et de leur joie. Ils auraient dû arriver samedi. La maison restera bien rangée et il faudra tondre les quatre cents mètres carrés de la pelouse car ils ne seront pas piétinés par les paires de pieds du 24 au 40 des enfants, petits-enfants, leurs copains, copines, cousins, cousines ! La réserve des crocodiles et des malabars, celle des sodas, des bières et des biscuits apéro ne sera pas dévalisée. Le chien et le lapin vont pouvoir continuer leur sieste sans être tripatouillés par l’une ou l’autre des petites mains avides d’une boule de poils attendrissante. Les appareils photos des téléphones ne seront pas envahis de sourires et de postures inédites, de mines surprises en pleine admiration devant la dernière du petit dernier ou la première du spectacle improvisé par les aînés. C’est ainsi. Te dire mon Raymond que samedi à midi nous n’avons pas pensé à la gare de Lyon où nous aurions dû être pour les recevoir, serait mentir. Te dire qu’en cachant les œufs et les cadeaux de Pâques dimanche matin, nous n’avons pas, Karine et moi, essuyé un brin de tristesse dans un coin de nos yeux, serait mentir. Mais, la vie est là avec ou sans leur présence à nos côtés. Ils sont loin mais ils sont là et nous nous sommes amusés avec Léa et Matthieu à rechercher les friandises disséminées aux quatre coins des quatre cents mètres carrés du jardin. Cadeaux de circonstance, corde à sauter et boules de pétanques étaient accompagnés d’œufs et de lapins au chocolat dont quatre venus par Chronopost du sud de la France. Samedi, on voulait acheter le DVD de Tarzan à Auchan ou à l’Intermarché du quartier, introuvable ! Dommage ! À midi, les cloches des églises environnantes se sont mises à sonner, rompant le silence d’un cri de joie et de vie. Merci le curé d’avoir eu cette idée.
— La rumeur persiste à dire que les écoles n’ouvriraient pas avant septembre.
— Il y a tellement de rumeurs et de contre-rumeurs qui circulent, d’informations provenant de sources fiables démenties une heure après. On verra ce que le Président de la République dira ce soir. Ce qui m’interpelle le plus c’est la fracture qui s’instaure entre ceux qui ont les moyens numériques chez eux pour se maintenir dans la course et ceux qui ne les ont pas. Et il n’y a pas que le matériel. Il existe des zones blanches en France, des lieux où Internet ne connaît ni le haut ni le bas débit. Il existe aussi beaucoup d’enfants et d’ados laissés livrés à eux-mêmes, des gamins que les parents ne peuvent pas accompagner dans leur travail scolaire parce qu’ils n’en ont ni les connaissances ni parfois l’envie. Le réveil qu’il soit en mai, en juin ou en septembre, sera douloureux. Les programmes devront s’adapter à cette réalité, à cette fracture.
— La fameuse fracture numérique !
— Pas seulement Raymond, la césure généralisée entre deux réalités qu’autrefois on nommait « classes ».
— Oh le gros mot ! Tu vas nous remettre de la « lutte des classes » dans le confinement mon auteur ?
— Marx parlait du fossé qui irait en s’élargissant entre ceux qui possèdent la richesse et ceux qui la produisent. C’est un véritable canyon maintenant avec en prime cet accès au savoir que nous pensions tous acquis grâce à l’école gratuite et obligatoire. Désillusion ! En cette période de crise sanitaire et de confinement, tout est à la renverse. Ce ne sont pas seulement les moyens matériels mais aussi, toujours et encore les capacités humaines. Celles-ci sont bien souvent liées aux conditions matérielles mais pas uniquement. La culture n’est ni gratuite ni obligatoire. On a trop espéré en cette boîte à images. Désillusion ! Elle envahit l’espace et confine l’esprit dans des séries qui emprisonnent à jours et heures fixes, pendant des semaines et des semaines. Ça n’ouvre pas, ça n’incite pas à regarder vers d’autres ciels, d’autres horizons. Ça claquemure dans un vide sidéral. Rien de plus qu’une manipulation d’illusionnisme culturel !
— Bon voilà, ça aussi c’est fait et n’est plus à faire !
— Tu crois toi ? Ce serait bien que l’après-corona ne suive pas les traces de l’avant ou de l’après-guerre !
— Faut tout faire pour !
— Oui et écrire et chanter, et peindre et dessiner, et dire et rêver ! Mon frangin Bernard, m’a envoyé « une parabole » hier.
— C’est normal, il est prêtre.
— Ouais, n’empêche que la forme est bien dans ce terme. Je lui ai demandé de m’écrire un texte pour joindre à mes chroniques. Je te le propose mon Raymond, à toi et à tous mes héros confinés. Tu cliques sur « Bernard Lebeau » et hop directement sur la parabole. C’est émouvant, tu liras.
— J’y vais de ce pas mon auteur. Quelle famille !
— Et oui, chacun avec ses convictions. Les siennes ne sont pas les miennes mais au final, on espère en l’homme lui et moi.
— À demain mon auteur.
— À demain Raymond. Bises virtuelles à la famille et restez chez vous.

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Un avis sur “Chronique du 13 avril 2020

  1. Salut l’Auteur, salut Raymond,
    Aujourd’hui, pas le moral. Les vieux (j’en fais partie) vont rester confinés encore longtemps.
    La préoccupation essentielle de nos dirigeants n’est pas le nombre de décès, d’autant plus qu’il s’agit majoritairement de « vieux » ou de personnes de santé fragile… c’est-à-dire inutiles économiquement (en plus, c’est autant de moins à verser pour les retraites !). Non, il s’agit du nombre de personnes en réanimation. En effet, si ce nombre de place en réa tendait à la saturation, il faudrait que les hôpitaux fassent des choix sur l’attribution des lits. Politiquement incorrect ! (je commence à comprendre les inquiétudes de E. Philippe sur ce point)
    Alors, « on » continue à confiner en indiquant vouloir confiner plus longtemps les « vieux » (les plus consommateur de lits de réanimation…).
    Il faut donc prolonger jusqu’au 11 mai en espérant qu’à cette date, il y aura qu’un nombre conséquent de places seront libérées… sinon, les vieux resteront cloîtrés chez eux jusqu’à ce qu’on les oublie !!! L’activité économique pourra alors reprendre avec des risques avérés de contracter la maladie, mais qui seront « assumés » grâce à des capacités d’accueil dans les hôpitaux ! De plus, le dépistage consistera à « mettre sur la touche » celles et ceux qui ne sont pas immunisé.e.s.
    J’arrête là pour aujourd’hui mes amères réflexions. Cet après midi, je SORS dans le bis derrière chez moi !!!
    nb : Pour vivre heureux, vivons cachés ! Voir la fable qui s’ajoute à mon recueil de nouvelles…

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