Chronique du 15 avril 2020

— Salut Raymond.

— Pas de Raymond ce matin, c’est Madeleine.

— Madeleine ? Raymond n’est pas malade au moins ?

— Non rien de bien méchant, des allergies qui l’obligent à doubler la dose de confinement.

— C’est un fait que nous sommes en plein dans les attaques aux pollens et autres allergisants printaniers.

 — Pas seulement. Quelle idée de vouloir faire le grand ménage de printemps entre les touches, les dossiers, sur les murs des sites Internet et les cyber-plafonds des connexions. Voilà le résultat, il a les yeux rouges d’un fumeur de hash, la respiration sifflante d’un Covid rescapé, l’esprit planant d’un consommateur d’opiacés. Tout d’un zombi de la série « Les revenants ».

— Il n’en reste pas moins que le colza et les cerisiers sont en pleine effervescence. C’est magnifique entre les larmes des allergies.

— Oui mon auteur, j’ai bien vu que le port du masque est recommandé pour la sortie quotidienne dans les rues désertées.

— En plus, les pollens circulent dans l’air eux, ça c’est certain. Pas besoin de les postillonner pour en avoir les conséquences lacrymales.

— Vous fabriquez des masques ?

— Bien sûr Madeleine, comme beaucoup de monde, nous retournons les boîtes, les cartons, les tiroirs à la recherche de tissus aux fils serrés. Qu’importe les motifs, papillons, coccinelles, fleurs anciennes d’anciennes robes, petits pois, formes géométriques… Qu’importe la couleur, le vert, le rose, le noir, le jaune fluo, … Tout est bon pour la conception de son masque maison. Bientôt il va y avoir des défilés de mode dans les rues. « La tendance printemps été 2020 est au masque à fleurs carrés multicolores sur fond vert fluo ».

— Tout à fait et au « Vingt heures » nous aurons droit aux reportages sur la présentation de la collection Chanel et celle de chez Dior. Mieux encore, Jean-Pierre Pernaud nous fera un sujet spécial sur les petits producteurs de masques de nos campagnes de la Creuse ou des montagnes d’Auvergne, fabriqués avec des tissus à base de toiles d’araignées recyclées. Enfin des informations solides qui ne seront pas qu’une répétition incessante de propos inintéressants.

— Je sens venir le temps de la chronique « coup de gueule » de Madeleine.

— « Il est venu le temps des cathédrales », des commentaires qui n’apportent rien d’autre que de ne pas être oublié, de faire parler de soi dans les médias, des interventions de personnalités délaissées depuis plusieurs semaines que les journalistes vont chercher dans leur Skype, leurs Teams ou leur Zoom. Alors, que je te parle pour ne rien dire, que j’interviens pour intervenir et rien de plus. « Il est venu le temps des cathédrales », de la sanctification du vide, du « comme avant ».  Ce matin dans la presse, je lisais les commentaires sur la reprise progressive des écoles, collèges et lycées à partir de 11 mai. Rien n’est fixé. Rien n’est décidé du comment et du avec qui. Des discussions, des réflexions vont avoir lieu entre le Ministre de l’Éducation Nationale, les représentant des syndicats d’enseignants, ceux des parents d’élèves, des scientifiques et que sais-je encore. Rien n’est entamé et déjà dans un journal « L’annonce a provoqué de l’inquiétude chez les enseignants ». L’article se poursuit et développe « le trouble et l’incompréhension chez certains parents et enseignants » avant d’ajouter que « les syndicats demandent des garanties ». Il s’en suit plusieurs colonnes où sont reproduits les propos du Président de la République et ceux du Ministre, propos déjà entendus, réentendus sur l’aspect progressif, réfléchi collectivement et négocié de cette réouverture. Excédée de ne rien apprendre de nouveau dans cet article je m’apprêtais à cliquer sur l’icône de « disparaissez » quand mes yeux, énervés sont tombés sur cette phrase d’un responsable syndical « … On a l’impression d’être sacrifié sur l’autel de l’économie ». Une phrase lâchée telle quelle, sortie d’un contexte certainement plus élaboré mais donnant à penser qu’une polémique s’est instaurée alors qu’en fait rien n’est réellement décidé si ce n’est qu’il faut réfléchir ensemble sur l’après. Des journalistes d’arrière-garde, avides de scoop et de petites phrases mortelles, continuent de distiller une information de gros titres et de petite dimension. Dis Monsieur le journaliste, c’est quand que tu t’y mets toi aussi à l’après. « Il est fini le temps des cathédrales », des petites phrases inutiles. Ce serait bien de bâtir sur du réel et non sur des habitudes faciles de polémiques stériles.

— Bah voilà Madeleine. Vive les allergies de Raymond qui nous donnent l’occasion de t’entendre. Tu es plus anar que lui.

— Normal, tu sais d’où je viens ! C’est toi qui m’as mise au monde je te signale.

— Exact « esprit de l’auteur, sorts de ce corps virtuel ! ».

— Mais non, chaque héros d’un roman est une parcelle du reflet de son auteur.

— Tu n’as pas tort Madeleine. En attendant je vais devoir te quitter. Deux réunions aujourd’hui en audio-visio-conférence. Une pour chaque association. Il faut travailler sur l’après 11 mai. Il y a du boulot pour que ça ne ressemble pas trop à l’avant 16 mars.

— Vive la retraite ! Je retourne me confiner.

— À la prochaine Madeleine. Bises virtuelles à la famille et restez chez vous.

Accès aux Nouvelles de Jean-François Rottier : lien

Accès aux Nouvelles de Patrice Colasse : lien

Accès aux Tableaux d’André Liberprey : lien

Accès à la Parabole de Bernard Lebeau : lien

Commentez

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s