Chronique du 16 avril 2020

— Raymond or not Raymond ? That is the question.
— Raymond my dear author !
— Les allergies n’ont pas eu raison de toi ?
— Que nenni, un bon masque, une bonne dizaine d’éternuements dans le coude et les pollens, colza et autres particules printanières peuvent se faire emporter par le vent vers d’autres narines. Et toi mon auteur, quelles nouvelles en ce 16 avril qui sonnera à midi le premier « moisniversaire » du confinement ?
— Peu de choses mon Raymond. Le silence clame sa présence. Je lisais dans le Monde un article sur l’effet du confinement et ses répercussions sur les bruits sismiques de notre planète. La moindre activité économique, la diminution des déplacements permettent de remettre en évidence d’infimes bruits sismiques de la croûte terrestre. Les chercheurs ont noté une diminution de trente à cinquante pour cent de la pollution sonore dans des villes comme Paris, Strasbourg, Los Angeles. Cela permet d’entendre les légers craquements, frottements de la terre et de mesurer les plus petits mouvements des plaques tectoniques. Te rends-tu compte Raymond, à Paris les mesures de bruits diurnes sont au niveau des nocturnes !
— Si cela pouvait permettre d’entendre aussi la détresse de certains humains et la souffrance de la nature !
— Même les meilleurs appareils auditifs seront impuissants face à l’indifférence. Les plus performantes lunettes n’ouvriront pas plus les yeux. Hier, je me suis accordé une sortie avec mon fils. Lui en patinette, moi à pieds. Nous avons longé le champ face au collège déserté. Un tracteur y déversait ce qui ne devait pas être un désherbant bio. Pendant le confinement l’épandage des substances chimiques se poursuit. Ce sont les abeilles qui vont être contentes !
— Vous n’avez pas été contrôlés ?
— Non. Nous avons croisé les gendarmes, été doublés par la police mais aucun ne nous a demandé quoique ce soit. Faut dire qu’il n’y avait personne dans la commune. La nature y reprend ses droits. L’herbe pousse sur la chaussée.

Ce sont les vacances. Personne sur les places et dans les chemins de traverse. Là aussi les branches et les herbes ont la folie des grandeurs. Elles passent d’un côté à l’autre des grillages et des haies. Elle se pavanent sur le chemin à en faire disparaître le sable. Elles sont bien, personne ne viendra les piétiner, pas le droit de passer.

Les « gendarmes », avec leur carapace rouge parsemée de point noirs, peuvent se réunir en grappes serrées et copuler à foison. Personne ne les dérangera. Ils s’agglutinent aux pieds de certains arbres et forment une écorce bicolore que nul n’agressera d’un coup de ballon ou de bâton pour les faire fuir. Nous avons bordé l’aire de jeux devant l’école. Le toboggan y prend le soleil ; les lapins du jeu à bascule se font face, l’air grognard et rieur, l’air de dire « à nous le toboggan, le soleil et l’espace ». Pas un enfant ne vient troubler leur quiétude. Et ils se marrent les lapins, ils sont peinards.

— Les cours des écoles sont vides, c’est normal.
— C’est logique Raymond. Ce qui l’est moins c’est l’absence d’enfants sur le terrain du centre de loisirs. Aux vacances de printemps c’est souvent la cohue, les parents réservant leurs jours de congés restants pour les week-ends à rallonge du mois de mai. Ce sont souvent cent-cinquante enfants qui envahissent les salles et les terrains adjacents. Confinement oblige, six enfants se partagent les lieux et les animateurs qui se relaient par demi-journée pour les occuper.
— Le silence, le calme, plus de précipitation. Mais mon auteur qu’espérer de plus si ce n’est de ne pas attraper le corona ?
— Je ne sais mon Raymond. Le soleil et la douceur de cette mi-avril donnent des envies de balades en forêt. Mais la nature est à elle, à elle seule ! Cette année le muguet devrait être à foison dans les bois au-dessus d’Aubevoye. Les clochettes bleues et les jaunes, les boutons d’or, les pâquerettes blanches doivent faire un tapis dont seuls les lapins, les renards, les biches et les faons, les chevreuils et les cerfs, profitent. Les sangliers peuvent se pavaner dans les auges naturelles. Les marcassins ne craignent rien, les voitures ne les cueilleront pas sur les bas-côtés des routes où ils cheminent à la nuit venue pour y déguster les limaces tendres et les pousses nouvelles. La nature est à elle, à elle seule ! Les sous-bois vont s’envahir de ronces et de fougères. Les couleuvres et les vipères vont défaire leurs nœuds et se chauffer aux rayons d’un soleil généreux. Les scarabées vont accomplir leur transhumance d’une clairière à une autre sans craindre un pied inconscient, une roue de VTT ou celle plus bruyante d’une moto de cross. Les araignées vont tisser leur toile pour y cueillir les premiers insectes. Ils nourriront leur progéniture qui à son tour tendra un fil. L’araignée miniature s’envolera au vent vers d’autres arbres, vers d’autres fleurs ou atterrira dans le bec d’un merle farceur, d’un rouge-gorge ravi qui le tendra à sa compagne enfin de retour au nid. La nature est à elle, à elle seule ! Nous nous languissons de ne pouvoir la regarder et l’aimer comme il se doit. Le muguet ne nous attendra pas. Il fera plus de racines et profitera du confinement pour prendre ses aises et s’offrir le printemps pour lui et lui seul. Les hirondelles arrivent, surprises de n’avoir pas croisé d’avions sur leur trajet. Elles n’ont plus de fil électrique pour se percher, ils ont été enfouis. Qu’importe. Il n’y en avait pas dans les temps reculés et les hirondelles se portaient bien. Elles vont nettoyer en toute tranquillité le nid de l’an dernier. Personne ne viendra les ennuyer ou les déloger. Il n’y a personne sous les vieux appentis et les granges délaissées. La nature est à elle, à elle seule !
— Et la nature en prend du plaisir. Regarde comme elle est belle.

— Ça donne envie d’aller se vautrer dans ses bras ! J’y vais de ce pas, dans le jardin…
— À demain mon auteur. Use et abuse du soleil, avec un chapeau, c’est aussi utile qu’un masque parfois.
— À demain Raymond. Bises virtuelles à la famille et restez chez vous.

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