Chronique du 20 avril 2020

— Salut Raymond.
— Ce n’est pas Raymond !
— En effet ce n’est pas ni la voix de Raymond ni celle de Madeleine.
— Non c’est Angèle !
— Aïe ça craint. Vu le caractère léger dont je t’ai affublée ma chère Angèle, je redoute le pire pour la chronique de ce jour.
— Tu le peux et qui peut le mieux doit appréhender le pire !
— Dicton bien connu chez les Blacks-Angels !
— Je ne suis pas contente du tout l’auteur !
— Oh quelle surprise ! Si tu sors de tes messes, de ton usine, de ta couture, c’est qu’il y a du grave de chez hyper grave au supermarché de ton caractère, caractère un brin (voire une botte) acariâtre !
— Tu dis ça parce que ton chouchou de Raymond ne m’aime pas.
— Pas seulement. Je suis ton auteur et je connais les traits de mégère en liberté dont je t’ai affublée !
— Mégère, ménagère et bonne à tout faire tu veux dire !
— Bon Angèle, cessons les hostilités qui n’apportent rien à cette chronique. Que me vaut le plaisir, tout petit le plaisir, de ta sortie du roman en cours ?
— Les masques !
— Quoi les masques ?
— Ceux qui sont fabriqués par tout le monde et n’importe qui !
— Ah oui, tu parles des masques de protection contre le corona…
— Exactement l’auteur ! De tous ces masques conçus clandestinement, à la lueur d’une pauvre chandelle, le soir, sur une table de cuisine brinquebalante et jusque tard dans la nuit par toutes ces femmes soumises, toutes ces Karine, Katia, Cathy, Léa, Léo, Liliane, pauvres ères sans suffisamment d’air ni d’aire pour travailler sans errement. Leurs doigts sont gourds, gercés, abîmés, piqués que dis-je, traversés des spasmes de la dégénérescence couturière…
— Oh ! Oh ! Arrête-toi Angèle ! Pour une fois qu’on fabrique à moindre coût que les chinois ! Les masques français à meilleur prix que ceux de Taïwan et en prime, aux couleurs et motifs chatoyants qui chatouillent les yeux. Qu’espérer de mieux Angèle ? Nous ne sommes plus au début du vingtième siècle. Nous sommes en 2020. Il y a l’électricité dans les maisons, les tables ont souvent leurs quatre pieds bien stables ; les aiguilles et dés à coudre ont laissé place aux machines à coudre…
— Tiens d’ailleurs, si j’en veux une, je voyais ce matin des courriels faisant l’apologie de telle et telle marque de machine, payable en trois ou quatre fois. C’est incroyable la réactivité des commerçants et des publicistes !
— Pour ma part, « chère » Angèle, j’imagine, dans 6 mois, les annonces sur « Le bon coin » : « Vends machine à coudre, très peu servie, excellent état, prix à débattre ». Tu vas pouvoir t’équiper pour pas cher, ma chère !
— Je pense que certains esprits malingres, porteur de la tumeur maligne du truandage hors d’âge en guise de cerveau, profitent de la situation, l’auteur ! Nouveau marché pour le travail au noir !
— Pour sûr ! Il doit bien y avoir des ateliers clandestins qui se sont lancés dans le trafic. Le bouquet serait que ce soit le fait de chinois ! Pas certain que les gestes barrière et les distances de sécurité fussent respectés, dans ces lieux confinés, surchauffés et ressemblant à ta description sise dans tes précédents propos. J’imagine, hélas sans effort, des « sans-papiers », femmes, hommes, enfants, derrières de vieilles machines Singer datant de Mathusalem, dans des caves ou des greniers cadenassés, fabriquant à la chaîne des masques de protection, sans protection. Zola se frotte les mains avec du gel hydroalcoolique, gel hydroalcoolique frelaté, créé dans la cave du squat de l’immeuble voisin…
— Stop l’auteur ! Tu es pire que moi.
— Attends la suite Angèle. Il ne s’agit pas que du travail au noir, c’est aussi le marché noir ! Avec son ballet des charrettes, carrioles, tombereaux, que dis-je caddies, tirées par ces pauvres femmes et ces enfants exsangues et affamés, proposant aux passants leurs masques bariolés. Et les passants passent sans s’arrêter, sans un regard, sans pitié !
— Bah, il n’y a pas de passants ! Tout le monde est chez soi !
— Et voilà le travail quand une « ronchonne » veut chroniquer avec son auteur ! Elle casse l’envolée lyrique à la Hugo-Zola. Oh Angèle, tu vas me faire regretter de t’avoir créée ! Je plains ta sœur, ton mari et tes enfants. Tiens, j’ai un patron de masque dans mes « préférés » et mon « historique » de recherche. Prends-le ça va t’occuper !
— Mais j’ai bien compris qu’il me faudrait une machine à coudre !
— Tu peux aller dans ma boîte mails, il y en a dans les spams et les indésirables. Tu farfouilles pour trouver la bonne occasion. Je paierai avec les droits d’auteur du prochain livre.
— Alors, il faut que j’achète le modèle enfant qui est le moins cher car ce n’est pas tes droits d’auteur qui peuvent me payer la surfileuse !
— Mais pourquoi ai-je inventé un personnage aussi désagréable ?
— Je t’avais dit de ne pas remarier Eugène.
— Eh Raymond, heureux de t’entendre !
— J’ai mis un masque à Angèle pour la faire taire. Un avec une trame de fils bien serrés pour ne pas laisser s’échapper sa mauvaiseté, son fiel ni ses postillons envenimés. Il est bien serré avec un gros élastique.
— Raymond, as-tu encore de l’élastique ? Karine n’en a presque plus. C’est la pénurie. Les magasins sont de nouveau dévalisés de leurs stocks mais cette fois ce sont les élastiques, le fil et les aiguilles qui ont disparu des rayons.
— Je regarde dans les anciens dossiers compressés si j’ai ce qu’il te faut !
— Merci mon Raymond. Supprime le lien direct d’Angèle s’il te plait.
— Ok mon auteur je fais un ctrl x !
— À demain Raymond. Bises virtuelles à la famille. Restez chez vous.

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