Chronique du 22 avril 2020

— Salut Raymond.
— Salut mon auteur. Belle journée en perspective.
— Tu l’as dit mais pas pour tout le monde.
— Qu’est-ce donc que ce propos tendance nuageux ?
— Nuageux en effet mais uniquement météorologique.
— Tu me rassures mais j’en attends plus.
— Rien que du rigolo, vingt-cinq degrés en Normandie et dix-neuf à Perpignan, la pluie à Dax et à Nice. Hier lors de la visio avec les sudistes, ils se lamentaient du vent d’est, du froid (dix-neuf degrés, il ne faut pas abuser non plus !) et de la pluie. J’ai un copain, parti juste la semaine d’avant le confinement, qui vit dans le pays basque côté français. Courriel presque désespéré de Dédé, « Ici, il pleut : alors je m’occupe… », accompagné d’une pièce jointe intitulée « Connaissez-vous l’origine de l’argot ? ».
— Oui j’ai vu dans tes mails.
— Bah tu n’es pas gêné toi ? Tu me traces comme l’application virus Covid-19 dont on veut tous nous affubler.
— N’abuse pas tout de même. Tu en penses quoi de cette application ?
— Elle permettrait de localiser les trajets des nouveaux contaminés et savoir qui ils ont côtoyés afin de confiner les potentiels porteurs du corona. Ceux qui s’élèvent le plus contre cette application ne doivent pas utiliser Google maps et autres City mapper, Mappy, Waze et compagnie qui t’obligent à mettre en fonction la « localisation » de ton smartphone… qu’une fois sur deux tu oublies de désactiver. Résultat, Google te transmet tous les trajets que tu as effectués le mois précédent, les lieux où tu es allé, les nouveaux endroits que tu as arpentés. Officiellement, il n’y a que toi qui as ces informations. Faudrait que Monsieur Google m’explique pourquoi je reçois des publicités pour les restaurants, les musées et autres richesses touristiques de « Tatoinville » que j’ai bêtement traversé en allant je ne sais où.
— Reste qu’il y a une différence entre un acte volontaire de connexion et une obligation.
— Je te le concède Raymond, mais quand j’entends la fausse blonde d’un parti que ma bonne éducation m’interdit de nommer car je suis poli moi Monsieur, donc quand j’entends, disais-je, cette erreur exprimer son « inquiétude quant au respect des libertés individuelles », je m’esclaffe ! Remarque c’est la même qui fait dire à un député de son parti qu’il faut instruire un procès devant une juridiction spéciale contre le Chef de l’État et son ministre de la santé pour répondre du manque de masques. En 2011, elle exigeait la démission de Roselyne Bachelot, ministre la santé, coupable d’avoir commandé trop de masques pour lutter contre la grippe H1N1 ! Je pouffe !
— Il va y avoir un débat et un vote à l’Assemblée Nationale.
— Oui Raymond et c’est certainement mieux ainsi. C’est la démocratie qui décidera !
— Je change de sujet. J’ai vu dans tes messages des photos magnifiques !
— Eh Raymond tu n’abuses pas un peu ? Tu prends de plus en plus de liberté pour un confiné ! Tu veux mon portrait en prime ?
— Je l’ai en permanence sur ton site, sur Messenger, sur Gmail et j’en passe.
— Passons ! En effet, Manu m’a envoyé des photos du jardin de Monet à Giverny. C’est magnifique ! Les jardiniers se lamentent là-bas. Ils sont comme dans la chanson « Le jardinier » de Yvan Dautin « J’ai vu le jardinier pleurer pour arroser ses fleurs. On dit que sa femme est ailleurs, peut-être qu’elle n’aimait pas les fleurs, ce serait le bouquet… ». À la différence, c’est que ce ne sont pas leurs femmes qui sont ailleurs mais les visiteurs. Le spectacle est splendide mais personne ne peut le contempler à part eux. C’est une symphonie qui ne peut être écoutée, un film non projeté, un livre illisible. Le jardin ne sera certainement pas ouvert au public avant la mi-juillet. Ils s’en désespèrent de cette absence de « piétineurs des plates-bandes » de tulipes, de nymphéas, de roses, de fleurs de pavots, de pensées. Ils ne travaillent pas que pour eux car ces jardiniers ne sont pas des égoïstes ; ils sont partageurs ! Ils s’évertuent à mélanger les couleurs et les styles à la façon Monet pour montrer la beauté. Et la beauté est confinée entre les murs clos d’une propriété à Giverny.

— Il n’y a pas que le jardin de Monet qui est enfermé à Giverny.
— Exact Raymond ! Il y a le Maire et la Première adjointe d’une commune des alentours de Paris qui y coulent paisiblement leur « peine d’emprisonnement ». Pas sûr que les détenus de la Santé, Bonne Nouvelle ou les Beaumettes aient les mêmes conditions de privation de liberté. Ne serait-ce un privilège ?
— Non mon auteur, c’est un aménagement de peine pour raison de santé !
— Tu crois Raymond que les condamnés lambdas atteints d’un cancer en phase terminale peuvent bénéficier eux aussi d’un aménagement de peine dans une résidence entourée de sept hectares de terrain avec tennis, et vue plongeante sur les jardins de Monet ?
— Comme tu es méchant ou jaloux mon auteur ! Ce brave homme et cette brave femme ont gagné à la sueur de leurs magouilles ce petit, tout petit avantage.
— Ils ont donné leur vie au service de leur pays, pourrais-tu ajouter !
— Allez mon auteur, point trop n’en faut. Il ne convient pas de critiquer des serviteurs de la Nation.
— Tu as raison Raymond. Confinons nos méchantes pensées et admirons, les pensées du jardin de Monet.
— À demain mon auteur.
— À demain Raymond et prenez soin de vous mes héros confinés parfois à plusieurs dans quelques mètres carrés !

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