Chronique du 23 avril 2020

— Salut Raymond.
— Salut mon auteur. Comment vas-tu ?
— Eh bien je vais bien. Le temps est toujours ensoleillé. Il tente de faire oublier les errements de dame nature qui a oublié de fermer sa besace en chemin et laissé s’échapper la mort aux quatre coins. Je l’aime bien cette dame mais là elle a fait du grand n’importe quoi. Nous n’avions pas besoin d’un nouveau virus, couronné qui plus est. Nous avions déjà ce qu’il nous faut, le sida, ébola, la rougeole et même la peste et la lèpre en embuscade derrière la misère.
— Ton correcteur d’orthographe veut que tu mettes une majuscule à ébola !
— Sûrement pas Raymond ! Ce virus « se la pète » suffisamment sans lui ajouter une majuscule !
— N’empêche qu’il est souligné en rouge !
— Pourquoi lui et son copain covid 19 ont-ils cette exigence d’une majuscule et non grippe, peste et choléra ? C’est une discrimination orthographique à laquelle il convient de remédier (trouvons le vaccin…). La science devrait se pencher sur leur sujet et éradiquer ces noms propres qui n’ont rien de très propre afin de les ramener à leur juste valeur : des noms communs d’une banalité à les mettre au rebut tout comme variole et rage !
— Tu vas finir à l’académie mon auteur et réécrire le dictionnaire !
— Allons Raymond, restons humble, modeste, simple et merveilleux. Tout mon portrait ne trouves-tu pas ?
— Comment vont tes chevilles ?
— Je suis en tong ! Dame nature nous offre le soleil ce qui permet de ne pas enfiler des chaussettes et c’est mieux ainsi.
— Pourquoi ?
— Avec le confinement, les magasins d’habillement sont fermés. Il vaut mieux ne pas faire de patates aux chaussettes, fendre son caleçon, déchirer son jean…
— Ou ne plus pouvoir l’enfiler par abus de frites maison, de fraises à la chantilly et d’inactivité physique !
— Il y a du vrai dans ce que tu dis Raymond mais il n’empêche que la fermeture des magasins autres qu’alimentation est parfois source de désagréments qui tournent au fou rire ou au « … pleure donc pleure donc pas comme ça, ça fait pleurer l’bon dieu la, la… » ou encore à « …Quoi ma gueule, qu’est c’qu’elle a ma gueule ? … ». Je t’explique le drame en deux actes que nous avons joué en huit clos avant-hier Karine et moi. Tu sais que nous sommes en pleine restauration du monument historique « cabane des enfants et petits-enfants » sise au fond du jardin.
— Cette réhabilitation qui t’a coûté un pouce écrasé, une bosse sur le front, des échardes infectées, un caleçon fendu, …
— Oui ça va l’énumération ! Donc disais-je, pour parfaire cette œuvre de ma vie, il nous manquait quelques clous, des planches de bois et trois rouleaux de canisse d’un mètre sur cinq à pas cher. Le bois c’est mon pote Pierre-Étienne qui s’est chargé de nous le procurer. Il est entrepreneur et de fait peut faire des achats de ce type. Les clous, on en trouve facilement au rayon petit bricolage d’Intermarché ou de Auchan. Pour la canisse voilà une affaire nettement plus complexe en ces temps confinés. Ne voulant pas abuser du temps et de la gentillesse de notre copain, nous décidâmes, dame Karine et ton bon serviteur, de nous débrouiller par nous-mêmes.
— Comment faire mon maître quand tous les magasins de bricolage sont clos de gîte et de couverts ?
— Vous faites erreur preux chevalier Raymond, certains fonctionnent en « drive » comme ils disent. Et le « drive », précédé d’une commande en ligne, c’est simple comme bonjour qu’ils disent… Pour les achats alimentaires je veux bien, mais pour le matériel de bricolage par des bricolos de notre trempe, ce fut l’affaire de notre vie ! La bataille fut rude et longue : deux heures, deux verres d’apéros (plus un pour fêter la victoire !), deux sachets de biscuits apéros. La bataille fut coûteuse (voir liste précédente) ! Je dois te l’avouer, la persévérance et la patience ont gagné.
— La patience ? Ouah, tu es allé la chercher où ? Ce n’est pas ta marque de fabrique ou alors tu l’as recouverte de plusieurs couches d’une peinture récupérée dans le fond de vieux pots, dans le tréfond du très vieux placard aux vieilleries « qui peuvent toujours servir on ne sait jamais ! » La preuve !
— Gaffe Raymond, je vais t’expédier avec Angèle ! Je poursuis. D’abord, trouver la canisse. Pas une mince affaire. Tu inscris « canisse » sur le moteur de recherche et roule ma poule, tu te retrouves dans le catalogue du Brico quelque chose à Trifouilly les Oies. Distance cinq cent cinquante kilomètres de chez toi. Bon reprenons. « Canisse » au Brico, celui d’à côté de chez moi. Un essai, deux essais, trois, quatre ! Euréka ! « Là regarde c’est là ! » Une larme, une gorgée d’apéro, un biscuit, ça s’arrose ! Sauf que ce « là » est vraiment très cher. Recommençons une nouvelle fois. Le Brico, celui à côté de la maison, la canisse, pas cher cette fois. Une fois ! Deux fois ! Trois et que je me perds dans le labyrinthe du catalogue et que je commence à perdre le peu de patience que dame nature (encore elle) m’a accordée. Et miracle ! Merci mon Dieu, mon Allah, mon Jahvé et même mon Bouddha expert en sérénité ! « Regarde ! Neuf euros quatre-vingt-dix-neuf le rouleau d’un mètre sur cinq ! » Rendons grâce à tous les copains cités précédemment ainsi qu’à leurs saints prophètes et comparses. Une gorgée d’apéro, deux biscuits, « Mon verre est presque vide ! » soupire dame de mon cœur. Nous ajoutons au panier prestement, sait-on jamais, si quelques malotrus voulaient nous les prendre, il ne reste que quatre rouleaux… Angoisse ! Passons au paiement : identification, adresse courriel, re adresse courriel, mot de passe et re mot de passe. Ça ne marche pas « le mot de passe doit contenir huit caractères avec au moins un chiffre, une majuscule, une minuscule, un caractère particulier ». Recommençons selon les recommandations. Le mot de passe est accepté. Ouf !!! Une gorgée d’apéro, deux biscuits. « Mon verre est vide… » « Le mien aussi et il n’y a plus de bretzels ! » Une question s’affiche : « Souhaitez-vous une facture ? » Cliquons sur oui, ça peut toujours servir, on ne sait pas à quoi mais sait-on jamais. Une facture de plus, qui terminera sa vie dans le classeur des « On ne sait jamais, ça peut toujours servir ! » Donc pour la facture il faut une adresse de facturation. Allez, nous arrivons au bout du deuxième apéro ! Entrons notre adresse et cliquons sur « Valider ». Suspens ! Long suspens, trop long suspens ! Échec ! Reprenons ! Une seconde fois, suspens, long suspens, trop long suspens ! Reprenons… une troisième fois ! Je ne refais pas le coup du suspens. Quatre fois, quatre, sans possibilité de valider ni l’adresse ni la commande ! Bouilloire interne, cocote minute et explosion de ton auteur ! Explosion de rires et fou rire imprescriptible de Karine ! Je quitte le champ de bataille… Puis, le calme revenu, j’y retourne. Reprenons à la case départ… Cette fois nous connaissons le chemin et nous arrivons au fameux « Facturation ». Karine reprend les commandes et « Oh mein Got, mein Allah, mein Jahvé und mein Bouddha expert en sérénité ! », ça fonctionne ! La commande est validée ! « Vous pouvez venir la récupérer dans deux heures à votre magasin ». Trop tard, il est vingt heures, c’est fermé ! « Je te ressers un verre ? »
— Et comment s’est terminée cette bataille mémorable ?
— Mal de tête hier matin. Récupération à dix heures de la commande et… oubli de la facture sur le « comptoir » du drive.
— La canisse est posée au moins.
— Oui mon Raymond, elle est installée et ce midi nous serons à l’ombre pour manger. Merci Monsieur-Internet-commande-en-ligne.
— Les travaux de réhabilitation sont terminés.
— Absolument, reste à aménager l’intérieur de la cabane.
— Tu es certain, mon auteur, d’avoir ce qu’il te faut ? Il n’est pas nécessaire de commander quelque chose au Brico magasin du coin ?
— Raymond, tu vas finir dans les gouffres de l’enfer !
— Reste calme, il fait beau.
— Et je vais ne rien faire aujourd’hui ! Et tant que de ne rien faire, il ne faut pas s’en faire et conserver un moral de fer !
— À demain mon auteur.
— À demain Raymond. Bises virtuelles à mes héros confinés. Prenez soin de vous, restez chez vous !

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