Chronique du 27 avril 2020

— Salut Raymond.
— Salut mon auteur. Te voilà bien matinal !
— Les vacances sont terminées…
— Et la guerre des tranchées pour la conquête de l’ordinateur reprend !
— Tout juste Raymond, celle de l’ordinateur et celle de l’imprimante également. Sans les approuver, je comprends mieux les stocks de papier et d’encre que certains ont constitués. Pour autant, j’ai trouvé sans difficulté, des cartouches et une ramette samedi en faisant les courses.
— Et côté pénurie, est-ce toujours aussi grave ?
— Une catastrophe mon cher. Les rayons sont toujours aussi garnis et regarnis, même ceux de papier toilette. Un seul bémol concerne le pain de mie. À croire que la France entière s’est mise aux croque-monsieur et hamburgers.
— Eh, les fast-foods et autres Quick, McDo sont fermés ! Le manque cherche sa compensation où il peut. Frites et hamburgers à la maison !
— Mouais, tu crois vraiment Raymond ? Ils se sont adaptés aussi rapidement que leur nom, « fast-food » autrement dit « restauration rapide », l’indique. Ils fonctionnent en « drive ». Tout comme les kebabs ! Celui de chez nous fait de la vente à emporter ; la pizzeria s’y met aussi d’ailleurs. Franchement la cause de la ruée vers le pain de mie doit avoir une autre raison. Un sociologue va très certainement se pencher prochainement sur cette question aussi cruciale que la ruée vers le PQ !
— Et dis-moi mon auteur, comment s’est passé ton sixième dimanche de confinement ?
— D’un silence assourdissant. Est-ce à cause du ramadan ? Encore moins de monde, de circulation, de bruit. J’avais l’impression d’entendre battre le cœur de la ville. Je suis allé marcher dans l’après-midi. J’ai emprunté les sentiers qui cheminent entre les quartiers. Les herbes folles s’y enhardissent de plus en plus. Je marchais sur un tapis de fleurs de pissenlit et de boutons d’or, de pousses de noisetier et de ronces naissantes. Je n’ai pas rencontré âme qui vive ; même les morts sont confinés, le cimetière devant lequel je suis passé est fermé, ses allées sont d’un sinistre ! Mortel ! J’ai poussé jusqu’à l’orée de la forêt où, je dois bien te l’avouer Raymond, l’envie était grande d’aller me promener. J’ai bêtement résisté d’y pénétrer, pourtant…

— Les parcs sont-ils toujours fermés ?
— Oui, toujours ! La nature y reprend sa place. Autour des jeux pour les enfants, entre les agrès de sport, l’herbe s’est faufilée, le liseron s’est installé. En temps habituel, le parking de l’école qui jouxte le parc est bondé quand il fait beau comme c’était le cas hier. Il est difficile de trouver une place sur un banc. Les bacs à sable, les jeux sont envahis de gamins. Là ils sont assaillis de silence. Pour te dire l’affluence en ce dimanche : une piste cyclable longe la route et contourne le centre-ville sur un bon demi-kilomètre, je n’ai croisé personne et n’ai pas plus été dépassé par une voiture le temps de ces cinq cents mètres. La seule voiture croisée est celle de la police ; ses occupants ne m’ont même pas interpellé. Frustrant ! Ils auraient pu me demander leur chemin pour rentrer…
— Attention, tu vas encore être un brin satirique dans tes propos mon auteur.
— Que nenni Raymond. J’observerai, en ce lundi de reprise des cours en zone B, une retenue de circonstance. Deux heures de colle pour avoir failli être malveillant envers nos vaillants policiers municipaux !
— Je te trouve bien sévère mon auteur. Tu iras simplement ramasser les mauvaises herbes dans le jardin.
— Hé Raymond, j’entends du bruit à l’extérieur ! Celui d’un engin à moteur ! Il semblerait qu’une tondeuse soit en fonction dans le parc derrière la maison. Si c’est le cas c’est dommage, j’aimais bien les boutons d’or en vadrouille ! J’irai voir en allant acheter le pain et je te dirai demain.
— Et comment va la famille ?
— Elle navigue entre parties de pétanque ou de badminton, la lecture, le jeu en ligne « Fortnite », la promenade (d’une heure pas plus sinon !) et les jeux de société. Pour changer un peu, hier soir nous n’avons pas ouvert la télé. Nous avons fait un jeu de circonstance, « Pandémie ». C’est d’un compliqué ce jeu de société ! Je ne pourrai te l’expliquer Raymond. Après deux heures de jeu, je n’ai toujours pas tout compris et ce malgré les efforts d’un calme olympien de Léa pour nous expliquer. Réflexion de Matthieu en se couchant « Vous avez le cerveau lent les parents ! ». Je ne suis pas certain qu’il ait tout compris non plus… Toujours est-il que nous avons perdu à deux reprises contre la pandémie bien que nous ayons éradiqué les noirs et les jaunes, les pions bien entendu ! Avec Karine, nous n’osions nous regarder de peur de partir dans un fou rire, pas du tout de circonstance vu le sérieux de nos enfants pour combattre les virus en pleine « éclosion » à Tokyo, Los Angeles ou Moscou. Il paraît que nous allons y rejouer. Je pense que, Karine et moi, nous allons relire les règles dans la journée. Y’a du boulot !
— Tu vas avoir du temps vu que l’ordi va être réservé.
— Pour sûr Raymond. Et avec la fin progressive du confinement, la reprise du collège ne devrait pas être avant la fin mai pour notre collégien. Nous allons devoir partager l’informatique !
— Tu as regardé le « Vingt-heures » d’hier ?
— Non ! Nous tenons !
— Vous tenez quoi ?
— L’abstinence !
— ???
— Nous nous désintoxiquons du « Vingt-heures ». Depuis une semaine, nous ne le regardons plus. C’est un plombage de soirée très efficace. Il installe une ambiance d’anxiété, d’angoisse et de sinistrose à mettre en déroute une armée de fourmis carnivores ! Nous nous informons mais, dans la journée, en écoutant la radio qui joue moins la partition image choc et rediffusion en continue de la même pendant des heures.
— Normal il n’y a pas d’image à la radio.
— Ce qui la rend plus comestible et moins écœurante. Adieu le journal télé, à nous les soirées plus sereines sans être seriné par le décompte des morts et des contaminés, des masques et des interpellations. Nous restons informés mais pas étouffés !
— La tondeuse municipale tourne toujours ?
— Oui elle s’approche de chez nous ! Cré bon sang, il y a longtemps qu’elle nous avait importunés. Quelque part, ça voudrait dire que la vie reprend. Ce sont les oiseaux qui vont être contents, ils vont avoir des vers et des insectes à profusion dans l’herbe fraîchement coupée.
— Bon appétit à eux.
— Et bonne journée à toi Raymond.
— À demain mon auteur.
— À demain. Bises virtuelles à mes héros confinés. Prenez soin de vous et restez chez vous.

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Un avis sur “Chronique du 27 avril 2020

  1. Je ne décolère pas depuis ma visite au cimetière ! Je souhaitais me recueillir sur la tombe de ma maman… cimetière fermé ! J’avais pourtant regardé sur le site de la ville qui indiquait bien les horaires.
    À côté, les jardins familiaux (de mon temps, on disait les « jardins ouvriers », mais c’est devenu « politiquement incorrect ! ») étaient en plein boom. Tant mieux pour eux !
    Doit-on craindre que je contamine les morts ? Quant aux visiteurs, mon expérience m’a montré qu’il n’y a jamais foule. L’hommage aux disparus est d’un autre siècle.
    J’arrête mon billet d’amertume !

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