Chronique du 29 avril 2020

— Salut Raymond.
— Salut mon auteur. Es-tu mieux informé suite à l’intervention du Premier Ministre d’hier après-midi à l’Assemblée Nationale ?
— Comme il fallait s’y attendre, Raymond, les choses ont encore changé concernant l’école, les collèges et les lycées. Certains points ont été précisés pour les transports, les déplacements, les manifestations culturelles. Mais ce que je retiens surtout, c’est que rien n’est définitif, tout peut évoluer vers une sortie de confinement plus ou moins rapide.
— Ce qui donne une grande impression d’imprécision.
— Ou tout le contraire, une grande impression de réalisme. Sauf à s’appeler Marine L. prête à raconter tout et son contraire pourvu que ça aille dans le sens du poil, comment peut-on figer dans le marbre une organisation face à une pandémie qui, par principe, défie toutes les prévisions ? La lutte contre le corona n’est pas celle d’une guerre classique avec des militaires à qui un Général va dire « Stop ! Vous ne tirez plus sur le type d’en face ». Il est difficile de penser « sortie de confinement » comme « sortie de bombardement ».
— Alors, tu te contentes de peu mon auteur…
— Si tu veux mon Anar, mais je préfère dans la situation d’aujourd’hui, un peu de possible à beaucoup de certitudes martelées et contredites deux jours plus tard. Tout peut être remis en cause à chaque instant avec ce virus tant qu’il n’y aura pas de vaccin pour le mettre à genoux. Ce vaccin n’existe pas encore, alors restons sur nos gardes et n’envisageons que ce qui peut l’être aujourd’hui.
— Tu utilises beaucoup le verbe pouvoir ce matin mon auteur.
— Mais oui Raymond car nous sommes d’une grande impuissance face au pouvoir d’un ennemi qui circule caché, dissimulé, rampant et se faufilant par la plus petite brèche que nous lui laissons. Nous avons le pouvoir du peu. Je peux ce que je peux et ce que je peux n’est pas toujours ce que je veux. Surtout actuellement !
— Ton collégien retournera-t-il en classe le 18 mai ?
— Attendons de connaitre les modalités de cette reprise proposée et non imposée. Nous déciderons le moment venu. Pour l’instant, il y a le présent : les cours en virtuel, les exercices à rendre, les fiches à compléter.
— Certes mon auteur mais les oubliés dont tu parlais hier ?
— C’est le défi d’aujourd’hui comme celui de demain. Tout faire pour ne pas les laisser sur la touche. Cessons de se gausser et palabrer ! Agissons ! Les animateurs de l’accompagnement scolaire de l’association de loisirs de la commune, reprennent contact avec toutes les familles, une par une, celles qui ont un ou plusieurs enfants concernés par ce dispositif. Ce sont des enfants en grande difficulté dans les apprentissages scolaires. Ils font le point avec les parents et les enfants et adaptent pour chacun un processus d’accompagnement afin d’éviter, autant que possible, un décrochage. Pour certains enfants ou ados, le soutien se fait en déposant les cours et les devoirs dans la boîte aux lettres et en travaillant par téléphone. Pour d’autres, c’est via le smartphone ou une tablette, rarement un ordinateur digne de ce nom. Pour tous, progressivement, le lien est repris, avec pour objectif de le maintenir en continu. Voilà ce qui peut (du verbe pouvoir…) être fait pour ne pas laisser sur le bas-côté les « laissés pour compte » que nous connaissons. La solidarité ne consiste pas seulement à applaudir chaque jour à vingt heures. Elle peut (du verbe pouvoir…) être de demander au gamin d’à côté, à la maman du dessus, qui applaudissent avec nous à vingt heures, comment ils s’en sortent et ne pas leur laisser le sentiment d’être seuls, démunis, sans « pouvoir ».
— Et dis-moi mon auteur, le confinement est-il toujours aussi respecté ?
— Il y aurait bien comme un parfum de relâche depuis quelques jours. Depuis que les tondeuses ont réinvesti les espaces verts et les pelouses, il y a des lâchés de gamins et d’ados dans les rues et sur les vélos. Pas de rassemblements mais des côtoiements à bonne distance. Les parcs sont fermés mais leurs abords sont longés chaque jour par un public un brin plus nombreux, plus jeune et moins joggeur ! La pluie de ces deux derniers jours calme les ardeurs printanières et les caméras de vidéo-surveillance caftent sans relâche. La police tourne et retourne en voiture ; les gendarmes font leurs rondes en vélo et les parcs de sports, de loisirs sont maintenus en herbage. L’impatience est au bout des chaussures. Elle rêve d’une forêt, d’un ballon, d’une balade en amoureux, d’un verre à la main pour trinquer à demain. Et demain devient une date apparente : le 11 mai ! C’est un jour qui se lève, un rayon de soleil qui pointe dans le lointain. Pourvu qu’un nuage malsain ne vienne pas l’étreindre, l’éteindre. Manu m’a envoyé une photo de Giverny. Un pont de bois peint en vert. Une glycine bleue, un ciel bleu. Et la photo reste un pont vers autre chose, vers demain… Ou après-demain ?

— Le soleil est de retour ce matin mon auteur.
— Oui. La pluie a fait s’ouvrir les roses du jardin et reverdir la pelouse. Attention au concert des tondeuses cet après-midi dans le quartier !
— À demain mon auteur.
— À demain Raymond. Bises virtuelles à mes héros confinés. Prenez soin de vous et restez chez vous, même si vos baskets s’impatientent.

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Un avis sur “Chronique du 29 avril 2020

  1. Dans la vie j’ai souvent un train de retard… Hier ou avant hier ou, avant avant hier, dans quel désordre temporel, m’immerge ce confinement ! j’ai lu ce commentaire déposé par l’un de tes lecteurs, « les cimetières clos et inaccessibles aux vivants ».
    Et puis, hier, là je suis sûre que c’était hier, c’était l’annonce de leur réouverture… ça m’a laissée inerte, j’ai 65 ans, j’ai été une enfant, une jeune fille, une femme… et j’ai traversé ce temps sans jamais pouvoir et vouloir accompagner l’un de ce qui aurait dû être l’un des miens, jusqu’à sa dernière demeure.
    « Jusqu’à sa dernière demeure », cette expression, pourrait paraître désuète, mais elle n’est pas dénuée de sens, elle évoque le parcours accompli, la possibilité de retracer l’histoire de l’autre, elle s’inscrit dans un dire « dis-ible »,« énonçable », « entend-able », mais quand on ne peut pas dire quand on ne peut pas dire l’insoutenable pour l’autre et pour soi même, on n’accompagne pas tu sais, on n’accompagne pas ! On se tait ! Comme aurait dit le grand belge et on ne visite pas tu sais ! Car pour nous tu sais, les cimetières seront toujours définitivement muets.

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