Chronique du 1er mai 2020

— Salut Raymond. Qu’est-ce donc ce raffut derrière l’écran de mon ordinateur ?
— Salut notre auteur. Ce tintamarre, c’est Constant et moi qui en sommes à l’origine. Nous voulions clouter sur ton fond d’écran une citation.
— Laquelle ?
« Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd’hui. » Ce sont les dernières paroles d’August Spies gravées sur une stèle du cimetière de Waldheim aux Etats-Unis.
— Qui était August Spies ?
— Un anarchiste, condamné à mort et exécuté pour un attentat perpétué le 4 mai 1886. Une bombe avait explosé à la fin d’une manifestation dans les rangs de la police, tuant un policier et en blessant sept autres. C’est le chef de la police de Chicago qui avait organisé et commandité cette action pour justifier la répression qui s’en est suivi. Quatre syndicalistes anarchistes, dont Auguste Spies, ont été pendus malgré l’inexistence de preuves, le 11 novembre 1887, appelé le Black Friday.
— Et pourquoi cette manifestation Raymond ?
— Ce n’est pas Raymond, c’est Constant, son oncle.
— Constant ? Tu sors des limbes de ta bataille de Reichshoffen ?
— Nous sommes le 1er mai et j’aime à te remémorer que j’ai mené de nombreuses autres batailles dans la vie de syndicaliste anarchiste dont tu m’as affublé dans le roman que tu devrais te hâter d’achever. Remontons le temps notre auteur, avec un petit cours d’histoire du mouvement ouvrier. En 1884, les syndicats américains décident de mener une lutte sans merci contre le patronat pour imposer la journée de travail à huit heures. Ils décident du 1er mai pour lancer cette action. Ce jour est appelé le « Moving Day », le jour du déménagement, car c’est le jour où les ouvriers devaient déménager pour retrouver du travail. Une grande majorité des entreprises américaines démarraient leur année comptable le 1er mai. La quasi-totalité des contrats de travail arrivait à terme ce jour-là. Le 1er mai 1886 les anarchistes impulsèrent une journée de grève générale très suivie. À Chicago, elle se poursuit et le 3 mai une nouvelle manifestation fait trois morts. Le lendemain, ce fameux 4 mai 1886, nouvelle manifestation qui se disperse à Haymarket-Square où il ne reste plus que deux cents manifestants face à autant de policiers. Une bombe explose dans les rangs de ces derniers. Tu connais la suite notre auteur.
— Certes Constant, et c’est Jules Guesde qui lance le premier le terme de « Fête du travail » et Raymond Lavigne qui propose lors du congrès de la IIème Internationale, le 20 juillet 1889 de faire du 1er mai une journée de revendications et de manifestations pour obtenir la réduction de la journée de travail à huit heures.
— Oui notre auteur, en référence aux événements du Haymarket-square à Chicago en 1886. C’est en 1890 qu’a lieu pour la première fois cette « Fête du travail » dans de nombreux pays à travers le monde. En France, contrairement à ce que beaucoup croient, ce n’est pas Pétain en 1941 qui a instauré le 1er mai comme journée chômée mais le Sénat français en 1919 après avoir ratifié la loi sur la journée de huit heures.
— Et en 2020, pas de manifestation Constant. Le corona ne permet pas de célébrer le cent trentième anniversaire de cette célébration internationale !
— Remarque, à quelque chose malheur est bon. L’extrême droite ne pourra pas non plus célébrer ses commémorations à Jeanne d’Arc. L’air de rien, si certains cherchent un lien entre Pétain et cette mouvance politique, il n’y a qu’à constater cette concordance de date choisie. Pétain voulait faire de ce jour la fête du travail-famille-patrie et du corporatisme, symbolisée (pour qui ? ; pourquoi ?) par les cendres d’une Jeanne. Qui d’autres pour prendre le relais de cette idée fumeuse ?
— Mais il n’y aura pas de brins de muguet avec le petit-déjeuner cette année. D’habitude les enfants, les petits-enfants et ma fée Clochette ont leur petit brin. Cette année il n’y aura qu’un brin de causette d’une Cosette bien triste de ne pouvoir offrir un petit sourire parfumé.

— Snif, snif, notre auteur ! Tu ne crois pas qu’il y a plus grave ? Le muguet, tu iras en cueillir dans la forêt l’an prochain et, vu l’absence de ravageurs des sous-bois cette année, il ne s’en portera que mieux.
— Tu as raison Constant. La journée n’en sera que plus silencieuse en ce jour férié ou tout est fermé pour la première fois depuis plusieurs années. Les temples supermarchés de la consommation restent clos. Mince comment va-t-on faire ?
— Tu ne vas rien faire ! Il ne sert à rien de faire quand rien ne s’affaire autour de soi ! Il y a assez d’un rien qui culpabilise tout le monde à tout faire pour rien. Rien, c’est déjà beaucoup et un moins que rien, c’est encore trop. Alors restons sans rien qui ne sert à rien ! Nous serons bien. Bien que ? Un bien vaut mieux que deux tu l’auras dit-on ! Donc un bien ce n’est pas rien ! Certes mais c’est bien quelque chose qui nous fait du bien. Bien, reprenons ! Si un bien nous fait du bien c’est qu’il ne fait pas rien de moins que de bien faire. C’est bien ça ? Donc ce n’est pas un rien, c’est un bien, bien meilleur qu’un moins que rien qui s’affaire à ne rien faire ou à faire semblant de faire. Et aujourd’hui, c’est l’enfer car il n’y a que le corona qui s’affaire dans nos affaires ! Lui ferait bien de ne rien faire et se taire sous terre.
— Constant, tu reviens quand tu veux pour faire un moins que rien. Demain, ce serait bien !
— Non l’auteur, pas demain ! Demain, je t’attendrai à la page 164 du roman à venir. Comme Raymond, je voudrais connaître le contenu de la lettre de Madeleine. Elle ne veut rien nous dire malgré notre insistance entre les touches du clavier. Ce n’est pas rien…
— Stop Constant ! Te voilà reparti pour un rien ! À demain mes héros confinés et profitez d’un rien en faisant mieux que rien, en restant bien chez vous !

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Un avis sur “Chronique du 1er mai 2020

  1. Merci à Raymond et à l’Auteur pour ce rappel historique. Je vais y ajouter mon grain de sel à propos du muguet.
    En souvenir de ce 1er mai 1886, les manifestants en France vont adopter le triangle rouge : « 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisir. »
    Il y a une fleur qui va devenir le symbole de ce premier mai : la fleur d’églantine, qui pousse dans le Nord de la France ; elle rappelle Fabre d’Églantine qui avait instauré le calendrier républicain. Voilà comment on a associé une fleur au 1er mai.
    Certaines mauvaises langues affirment cependant que c’est Pétain qui n’aimait pas le rouge (on se demande pourquoi …) qui aurait imposé le muguet. Je ne veux pas retenir cette hypothèse !
    Il est temps que vous vous remettiez sérieusement au boulot. Les lecteurs attendent le prochain livre avec impatience !

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