Chronique du 05 mai 2020

— Eh, notre auteur, c’est Madeleine !
— Madeleine ? Ça fait plaisir de t’accueillir. Que me vaut cette surprise ?
— Ce n’est pas de bon cœur que je sors de mon confinement au Québec. Les habitants y sont carrément plus raisonnables et ils font, dans leur très grande majorité, confiance aux décisions prises par leur gouvernement. Ce qui est loin d’être le cas en France.
— Quelle est la raison de ta venue Madeleine ?
— Les masques !
— Ah non, pas ça ! Ras la casquette des masques !
— Je suis d’accord avec toi notre auteur, mais, hier, Angèle n’est pas allée au bout de ce qu’elle aurait dû dire.
— Explique-toi Madeleine !
— Elle a passé sous silence l’injustice faite aux couturières bénévoles qui puisent dans leurs propres réserves de tissu pour fabriquer des masques distribués par des associations et des mairies. Il y a tout un réseau de solidarité qui s’est développé et qui prend un sale coup derrière la tête avec ces profiteurs de situations que sont les entreprises évoquées par Angèle hier.
— Je ne comprends pas.
— Je constate que certains se font de l’argent sur la tête des quidams que nous sommes. J’entends que les grands groupes de la distribution alimentaire disposent de millions de masques jetables, alors qu’il y a une semaine, c’était encore la croix et la bannière pour en fournir au personnel soignant. Je vois que des centaines de milliers de consommateurs vont se ruer et faire la queue pour dévaliser les rayons et faire des réserves de ces masques jetables comme ils l’ont fait avec le papier toilette et le pain de mie, sans se soucier de leur voisin qui n’a pas les moyens financiers ou la possibilité physique de se déplacer afin de s’en procurer. Vers qui se retourne-t-on notre auteur pour fournir les plus démunis ? Vers ces citoyens, très majoritairement des femmes, qui, sous couvert d’une solidarité réelle et d’un chômage partiel leur permettant d’avoir du temps disponible, sont sollicitées pour fournir des masques lavables gratuitement alors que d’autres les vendent 18 euros. Je suis horripilée ! Je lisais hier que ces couturières ne voulaient plus travailler gratuitement. Elles crient leur désappointement devant ce manque de considération. « La solidarité ça va un temps ! » ont-elles proclamé. Hélas, nous pouvons les comprendre, non ? La solidarité est utilisée pour répondre à une absence, mais ces femmes ont le sentiment d’avoir été grugées. Et pendant ce temps-là, des grands groupes commerciaux reprennent le chemin des ateliers de Chine, de Taïwan ou de Singapour, où, sans vergogne, on fait trimer des salariés sous-payés pour, en France, redorer le blason, faire une publicité gratuite et déplacée sous couvert de bonne action, à ces industries de la consommation. Ces mêmes entreprises s’interrogent toujours sur le montant et à qui ils vont accorder « la prime Macron » dans leurs supermarchés alors qu’elles ne pâtissent pas tant que cela de la crise sanitaire actuelle. Les combines « d’avant » reprennent du service ; les avions du profit s’envolent d’un bout du continent à l’autre. Qu’on ne me fasse pas croire qu’ils n’en tirent aucun bénéfice. Sur les masques peut-être pas… mais cette vente à prix coûtant attire les clients qui, moutons de panurge bien dociles, reprennent le chemin des abîmes consuméristes, du « On fait comme avant ! ».
« Ce soir j’attends Madeleine, on ira au cinéma… » a écrit Brel et moi « Ce matin j’entends Madeleine, elle fait pas du cinéma, Elle hurle sa peine, Madeleine elle est comme-ça ».
— Merci notre auteur, mais j’aimerais tant ne pas avoir à hurler ! Je ne souhaite pas que des femmes et des hommes ne puissent plus travailler à l’autre bout de la terre. J’aspire à ce qu’ils travaillent comme ceux de France et du Québec, avec des salaires et une protection sociale digne de ce nom.
— Certes Madeleine, mais as-tu vu ce qui se passe aux États-Unis ?
— Oui notre auteur, Trump a détricoté le peu qu’Obama avait réussi à imposer en termes de droit à l’accès aux soins pour les plus démunis. Le résultat est sous nos yeux : des milliers de morts dont beaucoup ne seront jamais comptabilisés dans les victimes de la pandémie faute de savoir qu’ils en sont morts. Et l’autre aux cheveux peroxydés tweete qu’il n’y a qu’à traiter les contaminés au Covid 19 en leur injectant des désinfectants ! Délire !!!
— Et le plus grand délire est qu’il risque de poursuivre avec un second mandat.
— Ne parle pas de malheur notre auteur. S’il est réélu, il aura encore moins de retenue qu’il a actuellement. Gare aux lois liberticides sur l’avortement, la protection de l’environnement, l’homosexualité et j’en passe.
— Et dire qu’en France, dans ma commune, dans mon quartier, dans ma rue, il y en a qui le prennent pour un modèle de gouvernant ! Ça fait froid dans le dos Madeleine !
— Qu’ils regardent ceux-là, la situation, même des classes moyennes, face au coronavirus. Mais sur leurs réseaux sociaux, ils préfèrent s’attendrir sur les malheurs des héritiers d’un Johnny ou les prises de bec débiles des concurrents de Koh Lanta ! Tiens, je préfère mon monde virtuel moi !
— Retournes y Madeleine. Je te retrouve bientôt dans mon roman en cours.
— Bises notre auteur.
— À demain, mes héros confinés et prenez soin de vous. Avec cette pluie normande restez chez vous.

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