Chronique du 09 mai 2020

— Salut Raymond.
— Salut mon auteur. Tu n’es pas très matinal aujourd’hui.
— Non pas trop en effet. L’appel de la couette était le plus fort et pour tout t’avouer, je serai bien resté plus longtemps encore dans les bras de « Morphée-Clochette », dit « ma fée Clochette ».
— Gentil pour nous mon auteur ! Nous sommes toujours là que je sache. Tu ne nous as pas encore remisé au placard à souvenirs !
— Cool Raymond, je te garde encore quelques temps. Je n’ai pas l’intention de t’enfermer dans un coin de la mémoire de mon ordinateur mais bien au contraire de t’en faire sortir avec Constant, Madeleine, Angèle et tous les autres.
— Tu vas reprendre l’écriture ?
— N’est-ce pas ce que je fais depuis huit semaines ?
— Je te parle de celle du roman, le vrai ; celui qui romance la vie !
— Mais oui mon anar, tu vas reprendre la route.
« Sur ma route, oui il y eu du move, oui de l’aventure dans l’movie une vie de roots… » (Black M)
— Chut Raymond ! Tout doux, tout le monde dort encore à la maison. Calme ta joie !
« Y’a d’la joie, bonjour, bonjour les hirondelles. Y’a d’la joie dans le ciel par-dessus les toits… » (Charles Trenet)
— C’est bon, tu ne vas pas me passer en revue ta playlist entière.
— Excuse mon auteur. Il y a des envies d’aller faire pipi contre un arbre en forêt, d’aller voir si le muguet n’est pas totalement fané, de marcher sur un sentier sans rencontrer un trottoir tous les cent mètres !
— Moi aussi Raymond. J’ai besoin de ne plus voir une maison, l’horizon, un gazon, de ne plus tourner en rond, de ne plus faire le poisson rouge. Je n’ai pas forcément le désir de voir du monde, d’aller chez du monde, de recevoir du monde. J’ai une nécessité d’espace devant mes pieds, de gadoue sous mes chaussures et de griffures de ronces aux mollets !
« … Viens, je t’emmène où les rivières vont boire et vont se cacher. Viens, je t’emmène où les nuages tristes vont s’amuser… » (Michel Berger)
— Et te voilà repartie mon Raymond-chanteur. Tu as réveillé Clochette. Ce n’est pas malin.
— Eh tu n’avais qu’à te lever plus tôt mon auteur !
— Tôt ou tard c’est toi qui sonnes le réveil avec ton tour de chant.
— En attendant le tour des champs de Vieux-Villez et la montée des marches du château Gaillard !
— Et un pique-nique sur ses pentes, un cache-cache dans ses douves, une sieste à l’ombre de ses remparts. Tu vois Raymond, c’est quand les portes s’ouvrent que les envies prennent vie. Pendant ces huit semaines nous nous sommes fait une raison, celle d’être raisonnable. Le plus simple pour y arriver était de ne pas penser à ce que nous ne pouvions pas faire mais au possible et de s’en réjouir malgré qu’il soit ténu. Nous avons tenu, têtus que nous sommes !
— Ouais mon auteur. On croirait un discours à la de Gaulle : « Aubevoye écrasé, Aubevoye enfermé, Aubevoye humilié mais Aubevoye libéré ! » Il ne faut pas abuser. Ici ce n’est ni Paris, ni Mantes La Jolie, ni la Courneuve, ni les Hauts de Rouen. Ici ce sont des chemins qui serpentent entre les maisons et les quartiers, ce sont des espaces verts, c’est la forêt qui te fait un clin d’œil derrière le clocher de l’église…
— Bah justement Raymond, ras le bol d’en rester au stade des clins d’œil ! J’ai envie de passer derrière l’église et pas pour faire le con comme quand j’étais gamin ! J’ai envie de m’enfoncer dans les sentiers, pour déranger les chevreuils et les écureuils qui se croient tout permis et propriétaires uniques des frondaisons !
— Ouah ! Et les magasins ? Les centres-villes ? Les centres commerciaux ?
— Mais alors je m’en tape mon Raymond ! Je m’en contrefous de leur coffre-fort à bouffe et inutilités ! Je m’en balance de ces temples de la carte bleue. Il n’y a que les librairies qui auront le plaisir, l’honneur de ma venue et la joie de m’accueillir. Les autres ne me manquent tellement pas que je vais poursuivre mon confinement en ce qui les concernent !
— Alors mon auteur, je comprends pourquoi tu as fait de moi un anarcho-syndicaliste !
— Tu as peut-être bien raison Raymond… Dans la vie on peut me trouver écolo, anar, socialo, coco, c’est ma marque de fabrique. Ma volonté n’est pas, et est encore moins après ce temps de confinement, d’être un consommateur avide de biens. « … J’ai chevillé dans le cœur un rêve de bonheur, un jour nouveau qui se lève chasse mon chagrin… »
— Voilà qui est dit et n’est plus à dire.
— Il me fallait à moi aussi le plaisir de glisser une chanson. « Tous ces mots terribles », c’est celle que je préfère de François Béranger. À chaque écoute, j’ai les poils au garde à vous et des picotements dans les yeux. Le vent sans aucun doute !
— Mais dis-nous mon auteur, tes chroniques s’arrêtent aujourd’hui ?
— Que nenni Raymond ! Je vais continuer quelques jours pour vous raconter la sortie du confinement. Ça va valoir le coup je pense…
— Absolument mon auteur. Nous avons hâte de savoir comment ça va se passer dans ta rue, ta commune, tes chemins en forêt, sur la selle de ton vélo et dans la tête de ta tribu.
— Alors à lundi Raymond, pour ce premier jour d’après !
— À lundi mon auteur.
— Bises toujours virtuelles à mes héros encore confinés. Prenez soin de vous et restez prudents, sortez le nez couvert !

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