Second jour d’après, 13 mai 2020

— Salut Raymond.
— Salut mon auteur. Alors raconte, quoi de neuf ?
— Tu vas être content, je suis remonté sur le vélo hier.
— Vous êtes allés vous promener ?
— Nullement mon cher ! Nous devions aller à la ville d’à côté avec Matthieu et nous avons mis en pratique notre volonté de ne plus faire comme avant. Alors au diable la voiture et son habitacle confiné ! À nous le bruit du pédalier ! « Le vent dans tes cheveux blond, le soleil à l’horizon. Quelques mots d’une chanson. Que c’est beau, c’est beau la vie… ». J’avais cette chanson de Jean Ferrat en tête et sur les lèvres en voyant mon fiston foncer comme un dératé deux cents mètres devant moi. Vive l’assistance électrique ! Elle m’a permis de ne pas être totalement ridicule, de ne pas perdre mon cœur ni mon souffle au bout des quatre kilomètres du trajet.
— Il a de l’énergie à revendre ton fils, mon auteur !
— Oui Raymond ! Je vais recharger les batteries des VAE avec l’appui de l’« énergie pédaleuse » du gamin. Je suis certain qu’un aller-retour à Gaillon suffira pour une charge à 100% !
— Il y avait beaucoup de véhicules à pollution thermique ?
— Nous avons emprunté la route principale qui traverse la ville. Il n’y avait pas foule de moteurs à explosion sur le bitume, mais ils commencent à revenir ces petits putois nauséabonds. Ce que j’ai remarqué, ce sont des petits groupes d’ados et de jeunes en vadrouille. Le masque délicatement oublié, soit autour du cou, soit carrément au fond de la poche et la distanciation physique réduite à la largeur d’un trottoir où s’entassent quatre ou cinq individus. Le RER à Paris aux heures de pointe !
— Il y a du relâchement mais c’est presque normal venant de jeunes. Ils sont impatients de se retrouver, de se parler, de se frôler et plus si affinité.
— Oui, mais cependant, ce sont des affinités unisexe mon Raymond ! Chacun de son côté ! Les filles à droite et les garçons à gauche ou l’inverse si tu préfères. C’est un autre type de confinement.
— Comme tu y vas mon auteur. Tu n’abuses pas un peu ?
— Je t’assure que non. C’est un fait ! Ils ont besoin de se ressourcer pour mieux retrouver les autres.
— Mais dis-moi, la vie reprend-elle dans le centre-ville ?
— Le marché a réouvert dans les rues de Gaillon hier matin. Là, pas de problème : 1,50 m d’écart, masques, gants, presque la baguette dans les mains du vendeur pour taper sur les doigts de l’impudent imprudent qui palpe les fruits ou les légumes. Ajoute la police municipale qui tourne, retourne et rétablit les distances. En revanche, en attendant Matthieu pendant son rendez-vous, j’observais les ouvriers d’un chantier de construction. De ce côté, il y aurait beaucoup à redire. Je passe sur la cigarette allumée avec le briquet du collègue et sur les vestes jetées dans la camionnette. Je ne parle pas de la poignée de clous qui transite d’une poche à l’autre. Je ne veux pas voir les mains sur l’échelle, la barrière ouverte et refermée quatre fois en l’espace de trente minutes par quatre personnes différentes. Dois-je ajouter, avec une pincée d’effroi, le corps à corps de deux ouvriers associés pour relever une poutre ? Pas de masques, pas de gants ! Pas de distance et pas d’injonction pour les maintenir ! Il faut finir ce chantier ! Il a pris du retard ! Deux mois ! Et c’est reparti au risque que ça ne reparte…
— Ce n’est pas facile non plus, mon auteur, de respecter les gestes barrières sur des chantiers de construction.
— D’autant moins quand il faut rattraper deux mois d’arrêt. La trésorerie est au plus bas et le client est roi ! « La faillite est en point de mire et le chômage en avenir » dira le patron. « J’ai ma famille à nourrir et ma maison à finir » dira l’ouvrier. Et pour conclure, il conviendra de ne pas mourir ou alors avec le sourire satisfait de celui qui a terminé prestement son labeur, dans les temps, dans ce temps d’avant un certain confinement !
— L’école a repris hier aussi. J’ai vu dans les liens de ton ordinateur qu’il n’y avait pas affluence derrière les pupitres des CP et des CM2. Et pour les centres de loisirs, quoi de neuf mon auteur ?
— Un document national de quarante-trois pages de recommandations ! Un protocole de vingt-cinq pages pour appliquer ces consignes ! Des capacités d’accueil divisées par deux ! Des mesures sanitaires très contraignantes et épuisantes pour les animateurs et le personnel d’entretien ! Et une seule petite chose omise dans ces pages : dans un centre de loisirs, les enfants ne sont pas assis derrière un bureau. Ils bougent, jouent, remuent. Ils sont là pour pratiquer des activités de loisirs et ça, ce n’est pas sagement assis sur une chaise que ça se pratique ; c’est une récréation permanente !
— Et les animateurs sont souvent des vacataires payés des clopinettes !
— Des « demi-clopinettes » pour les assistants animateurs ! Visio-conférence cet après-midi pour caler la réouverture des centres… C’est quand une journée sans réunion ?
— La semaine prochaine mon auteur car tu as prévenu tout le monde que tu levais le pied quelques jours. Et nous c’est pour quand notre sortie du confinement ?
— Ça vient mon Raymond, ça vient. Demain, je te retrouve pour notre dernière chronique.
— Enfin mon auteur !
— Enfin Raymond ! Bises virtuelles à la famille et vous mes héros, prenez soin de vous, restez prudents.

Accès à la Nouvelle de Daniel Devaux : lien

Accès aux Vidéos de Pascal Vidaillac : lien

Accès aux Nouvelles de Jean-François Rottier : lien

Accès aux Nouvelles de Patrice Colasse : lien

Accès aux Tableaux d’André Liberprey : lien

Accès à la Parabole de Bernard Lebeau : lien

Commentez

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s