« Nouvelles » de Patrice Colasse

QUATRE JOURS à HELSINSKI AVEC LE COMMISSAIRE LADÕNSKAJA

Nigul découvre avec une certaine surprise le courrier qui vient de lui parvenir. Déjà une lettre par la poste, c’est devenu extrêmement rare, mais en plus quand elle provient d’un ami d’Helsinki qu’il n’a pas vu depuis au moins vingt ans, c’est encore plus surprenant !

« Cher ami, laisse-moi tout d’abord te féliciter pour ta promotion au grade de commissaire à la suite de l’affaire du « virus informatique ». Tu l’as bien mérité ! Cela me ferait particulièrement plaisir de te revoir après tant d’années et surtout je voudrais te parler d’une affaire qui pourrait devenir explosive. J’ai besoin de tes conseils. Ne t’occupe de rien pour ton hébergement. Je réside dans la résidence Oodi à proximité de la Grande Bibliothèque. Je compte vraiment sur toi. »
Signé l’ancien Commissaire principal Jakki Häkkänen

Nigul se dit, qu’après toute cette période de confinement dû au Covid 19, il a bien mérité de changer d’air. Et puis le voyage de Tallinn à Helsinki ne dure que 2 heures, la Finlande n’est pas si loin de l’Estonie !

LUNDI

13h30 : départ pour les vacances ! Confortablement installé dans le bateau, dans un fauteuil, sa bière préférée à la main, une VIRU, le commissaire se délecte à l’avance de cette petite virée. Autant qu’il s’en souvienne, Jakki était un joyeux drille et les deux ou trois enquêtes qu’ils ont menées ensemble lui ont laissé un bon souvenir.

Ça y est, le bateau accoste. Nigul se rend vers l’arrêt des trams. Il y a un changement, mais ce n’est pas si loin. Il descend à la station Opéra. Les indications de Jakki sont parfaites ! Mais arrivé devant la Résidence Oodi, Nigul commence à déchanter. Il ne s’agit pas, comme il le pensait, d’un ensemble résidentiel, mais il se trouve devant un établissement pour personnes âgées. « Résidence OODI – Groupe KONIA ». Ça ne commence pas bien ! Allez, maintenant que j’y suis, j’y reste… C’est pour seulement trois jours se dit-il. Il est accueilli par une charmante hôtesse qui avec un grand sourire et la voix suave lui demande ce qu’il désire.

  • Je viens voir mon ami Jakki Häkkänen qui m’a invité à passer quelques jours à Helsinki.
  • Oui, nous sommes au courant. Soyez le bienvenu à la Résidence Oodi, Monsieur Ladõnskaja. Votre ami est actuellement à l’auditorium où il assiste à un exposé sur « L’alimentation diversifiée : un surcroit d’énergie pour les personnes âgées ». Si cela vous intéresse, vous pouvez le rejoindre.

Non, Nigul n’a vraiment pas envie de se joindre au public !

  • Dans ce cas, vous pouvez vous assoir dans le salon. Dolores, l’aide-soignante de l’étage, va vous conduire dans votre chambre quand elle sera disponible. En attendant, voici le document de présentation de notre établissement. On ne se sait jamais, vous ne voudrez peut-être pas repartir ! 

Cela ne fait absolument pas rire Nigul. Il feuillette néanmoins la plaquette en papier glacé : piscine, sauna, salle de sport tout est là pour attirer le client. Les prix ne sont pas indiqués. Ils sont à demander à l’accueil. Ce ne doit pas être donné, d’autant que la résidence appartient au groupe financier Konia qui a la réputation d’exiger des taux de rentabilité élevés de ses investissements.

Dolores arrive enfin et le conduit jusqu’à sa chambre. En passant devant le numéro 12, elle lui précise que c’est l’appartement de son ami. La chambre est propre et spacieuse… mais elle est trop aseptisée. Elle sent l’hôpital !

Jakki arrive enfin et se répand en excuses.

  • Je ne savais pas que ça durerait aussi longtemps. Je suis désolé de t’avoir laissé seul ! Il est déjà 18h30, le dîner va être servi. Je t’emmène au restaurant de la résidence. Ce n’est pas le restaurant Olo (1) mais on se rattrapera demain.

Le repas n’est pas des plus amusants. Une jeune animatrice s’évertue à mettre de l’ambiance sous l’œil inquisiteur de la Directrice. Peine perdue !

  • Nous souhaitons la bienvenue à l’ami de Jakki. Tenez-vous à carreau car c’est un commissaire qui nous vient d’Helsinki !

Quelques applaudissements polis, mais tout le monde retombe dans la morosité. Jakki explique à Nigul qu’il a choisi au décès de son épouse de se rapprocher de la ville.

  • Tu sais, j’habitais la campagne loin de d’Helsinki. Je n’ai plus du tout de famille, alors c’est pourquoi une fois à, la retraite, j’ai fait le choix de venir à la résidence Oodi. J’ai pensé aller en Espagne comme le font beaucoup de mes compatriotes, mais j’ai préféré rester au pays. D’ailleurs, la plupart reviennent lorsqu’ils sont très vieux et malades. Mais ce n’est pas pour cela que je t’ai demandé de venir. J’ai des révélations à faire et cela va être explosif et des têtes vont tomber ! On va encore entendre parler de Jakki Häkkinen ! Mais je ne veux pas en causer à table, on pourrait nous entendre. Nous verrons en retournant dans mon appartement devant un petit verre de vodka !

Arrivée devant sa porte, la Directrice qui les suit – Nigul a même l’impression qu’elle les surveille – interpelle Jakki.

  • Monsieur Häkkinen, vous savez bien que le règlement interdit de recevoir des invités dans sa chambre après 20h. Vous aurez tout le temps demain de discuter. Soyez raisonnable ! Monsieur Ladõnskaja le comprendra bien, n’est-ce pas ? 

Jakki avait l’air tout penaud comme un enfant à qui l’ont fait la leçon. Nigul n’ose pas intervenir, mais il se dit que jamais il ne viendrait dans un tel établissement.

  • Tu n’auras qu’à venir prendre le petit déjeuner avec moi. J’ai tout prévu !

Nigul regagne sa chambre tout en regrettant le verre de vodka promis.

MARDI

Nigul se réveille mécontent. Qu’est-il venu faire dans cette galère ? Et puis, il y a eu du bruit au cours de la nuit dans le couloir. Des pas feutrés, des chuchotements ; bref, tout ce qu’il faut pour mal dormir.

Arrivé devant l’appartement de son ami, il voit Dolores en sortir. Elle semble effondrée. Elle lui apprend que son ami s’est suicidé cette nuit. Elle ne comprend pas, un homme si gai. Nigul est abasourdi, lui non plus ne comprend pas. Il demande à l’aide-soignante l’autorisation d’entrer dans l’appartement car son ami lui avait parlé d’un dossier important et il aimerait le récupérer. 

L’aide-soignante hésite mais le ton de la demande n’appelle pas de discussion et elle le laisse entrer. Ce qui frappe aussitôt le commissaire, c’est que la table du petit déjeuner est dressée. Difficilement compréhensible de la part de quelqu’un qui veut se suicider. Nigul cherche à en savoir plus et en particulier qui a découvert le drame.

  • C’est le veilleur de nuit qui en faisant sa ronde a vu la porte ouverte. Il est entré et a découvert Monsieur Häkkinen sur son lit, des tas de boites de médicaments vides à côté de lui. Il était trop tard, malheureusement. Je vais vous dire que ce qui m’étonne le plus, c’est qu’il ne prenait jamais de médicaments ; il était en pleine santé et heureux de vivre.

Nigul est de plus en plus intrigué. Il lui demande si elle était au courant que son ami travaillait sur un dossier et si elle savait où il se trouve ? 

La jeune aide-soignante se dirige vers le meuble secrétaire.

  • Ça alors il n’y est plus ! Il y tenait pourtant comme à la prunelle de ses yeux. Il me le montrait souvent en me disant : Dolores, ça va faire du bruit et il riait bien fort.

Le commissaire se surprend à commencer un interrogatoire et lui demande si elle savait ce que contenait le dossier. La jeune femme devient subitement nerveuse.

  • Je n’en sais rien. Je ne voulais pas l’espionner. Ce que je sais, c’est qu’il se rendait régulièrement au centre de documentation de la Gazette d’Helsinki, Hesari comme on l’appelle ici, et il en revenait avec des tas de papier.

À ce moment, la Directrice entre comme une furie dans l’appartement.

  • Que faites-vous ici. Vous n’avez pas le droit d’y être ! C’est vous, Dolores qui avez ouvert à Monsieur ? Vous avez commis une faute grave !

Nigul tente de venir à la défense de la pauvre aide-soignante, en vain.

  • C’est moi qui lui ai demandé. Mon ami m’avait indiqué qu’il voulait me remettre un dossier, qui d’ailleurs a disparu.

Cela a le don de mettre la Directrice encore plus en colère.

  • Je vous interdis de prendre quoique ce soit dans cet appartement. Vous verrez avec la famille. Je vous prie donc de sortir et vous Dolores vous passerez à mon bureau.

La famille, mais quelle famille ? Jakki n’en avait plus et la Directrice devait bien le savoir ! En fermant la porte, la Directrice demande à Nigul quand il compte libérer la chambre.Il partirait dès aujourd’hui ! C’est un véritable cri du cœur, il ne veut plus rester dans ce mouroir.

  • Alors, vous voudrez bien passer à la comptabilité pour régler votre chambre et le repas du soir.

Pas de cadeau ! Derrière son dos, Nigul a un réflexe de gamin. Il lui tire la langue comme il le faisait dans son village à la vieille Kroska. Espèce de sorcière ! et cela le fait bien rire.

Nigul boucle sa valise et se dirige vers la comptabilité. Au passage, il s’arrête à l’accueil pour y déposer sa valise qu’il reprendra en fin d’après-midi quand il saura où aller. L’hôtesse prend un air de circonstance et lui présente toutes ses condoléances.

  • Je souhaiterais me recueillir devant le corps de mon ami. Avez-vous une chambre mortuaire ? 

Cette question semble soulever l’embarras de son interlocutrice.

  • Oui Monsieur, mais en Finlande lorsqu’il y a suspicion de suicide, la dépouille est transportée à l’Institut Médico-légal. Je crains que vous ne puissiez le voir.

Nigul en est fort contrarié ; Jakki ne mérite pas une telle fin !

Comme il a, hélas, du temps, il décide d’aller faire un tour du côté de la Gazette d’Helsinski. Par chance, c’est à 10 mn à pied. Il arrive devant un magnifique immeuble de verre bleuté ultra moderne. Il faut dire que ce quotidien, connu pour son sérieux, est le plus important de toute l’Europe du Nord en termes de diffusion. C’est l’équivalent du Frankfurter Allgemeine Zeitung ou du New York Times.

Nigul veut en avoir le cœur net. Qu’est-ce que Jakki venait faire ici ? Il est dirigé sans problème vers le Centre de documentation où il est reçu par une charmante documentaliste, bien contente de voir quelqu’un arriver. Il n’y a pas foule ! Il explique alors qu’un de ses amis qui venait régulièrement ici est décédé et qu’il souhaite poursuivre ses recherches. La jeune femme a l’air véritablement touchée. Elle connaissait bien Jakki et l’appréciait beaucoup, un monsieur si gentil, avec toujours un mot aimable et qui avait l’air si passionné ! 

Nigul tendit l’oreille Par quoi était-ilpassionné ? La jeune femme est d’une amabilité remarquable.

  • Votre ami s’intéressait au fonctionnement des institutions Européennes et plus particulièrement au Conseil de l’Union Européenne Si vous le désirez, je peux vous installer à un poste de travail et vous communiquer la liste des journaux que votre ami a consultés.

Trois heures devant l’écran ! Nigul n’en peut plus. Tout ça pour pas grand-chose. N’y connaissant rien en matière de fonctionnement de l’Europe, il apprend cependant que la présidence du Conseil de l’Union Européenne est une présidence tournante de 6 mois. C’est assez particulier, mais si le mandat était d’une année par exemple, certains pays devraient attendre leur tour pendant plus de 20 ans. Il découvre aussi, et cela le laisse pantois, que les pays en charge de cette mission recherchent des sponsors privés pour financer le budget nécessaire au fonctionnement de cette institution. Surprenant ! Ainsi, lorsqu’en janvier 2019, la Roumanie a pris la présidence, elle a été sponsorisée par Coca Cola. Le journal notait que « le logo était présent sur les bannières et le site du Conseil, et dans les salles de réunion à Bucarest, on pouvait trouver un frigo aux rafraîchissements gratuits de la marque, placardé de statistiques sur la contribution du géant de la boisson gazeuse. » En juin, cela a été le tour de la Finlande. Le choix du sponsor s’est porté sur BMW qui a mis 100 véhicules à disposition pour le transport des délégations officielles lors de réunions en Finlande. Le gouvernement finlandais a justifié ce partenariat par les coûts liés à cette fonction, 70 millions d’euros pour six mois, et notamment les frais de transport. À partir du 1er janvier 2020, c’est le tour de la Croatie qui a choisi un consortium pétrolier. Ça fait mauvais effet au moment où l’Europe lance son « Pacte vert pour l’Europe », le Green Deal, destiné rendre l’économie de l’UE durable. 

Mais ces informations n’étaient pas des scoops, en tout cas rien de secret qui ne fut connu du monde entier. Nigul arrive à se demander si son ami ne s’était pas monté la tête sur des pratiques, certes surprenantes, mais pas illégales.

Il revient donc à la résidence pour récupérer sa valise. Il faudra également qu’il pense à voir pour le retour à Tallinn. Dans le hall de l’entrée, il croise Dolores.

  • Je viens de me faire virer pour faute lourde. Mais, ne vous inquiétez pas, de toutes les façons, j’en avais assez de cette boîte et de sa directrice qui mène les employés mais aussi les résidents, à la baguette !

Nigul est vraiment embêté et veut vraiment se rattraper. Il lui tend sa carte de visite et l’invite à le contacter si elle souhaite un témoignage en sa faveur.

La jeune femme a l’air surprise.

  • Ah, vous êtes policier ? Alors, ça change tout. Retrouvez-moi demain vers 14h devant la gare centrale, Place Rautatientori. C’est tout près d’ici.

Nigul retourne à son hôtel. Il n’a pas mangé à midi et il a faim. Il a vu sur le menu qu’il y avait du ragout de renne. Délicieux avec une bonne bière ! Et puis, il finirait sans doute avec une tartelette aux myrtilles accompagnée avec du lait frais. Allez, soyons fou, d’autant que la jeune Dolores lui livrera peut-être la clef du mystère.

MERCREDI

Nigul se lève mécontent. Pour la deuxième nuit consécutive, il n’a pas bien dormi. Il faut dire que le ragout de renne, avec deux bières, c’est un peu lourd. Et puis, il est contrarié. Il ne mène pas son enquête comme il devrait. Il s’est obnubilé sur le dossier et il a laissé de côté ce qui lui apparait plutôt comme un crime surtout après les déclarations de Dolores. Il faut qu’il en ait le cœur net ! Il décide d’aller à l’Institut médico-légal. S’il se fait jeter, il verra bien, après tout il n’est pas de la police finlandaise, mais qui ne risque rien n’a rien !

Il prend le tram pour aller à l’hôpital de Laakso. C’est à 20 mn avec un peu de marche à pied. Nigul apprécie les voyages en tram, cela lui permet de découvrir la ville. Il lui arrive parfois lorsqu’il est en vacances de prendre un bus ou un tram et d’aller jusqu’au terminus… comme ça, sans but, si ce n’est le plaisir de rencontrer la ville.

Arrivé à l’hôpital, l’agent en service à l’accueil lui indique aimablement où se trouve l’Institut sans lui demander plus de renseignements. Bien entendu, comme la plupart de ces services dans le monde, il se trouve au sous-sol. Il faut cacher les morts ! Il trouve sans problème le bureau du « Dr Tuomo Vatanen, chef de service ». Il frappe et une voix féminine l’invite à entrer. C’est une jeune femme, d’origine asiatique qui le reçoit.

  • Excusez-moi, je souhaitais rencontrer le Dr Vatanen.
  • Je suis son adjointe. Je sais que l’on se fait une autre idée des médecins légistes, qui sentent le formol ! Que souhaitez-vous savoir ?

Le Commissaire sortit sa carte professionnelle avec le mot POLICE en gros caractères. Dans la plupart des pays de monde, le mot POLICE s’écrit à peu près pareil et ça impressionne toujours.

  • Je viens à propos de M. Häkkinen qui a dû vous arriver hier. Je dois vous dire que son suicide m’interpelle car j’ai dîné avec lui la veille au soir, et il n’avait pas l’air déprimé du tout.
  • Et vous avez raison, cet homme-là ne s’est pas suicidé. C’est moi qui ai pratiqué l’autopsie et il n’y a aucune trace de médicaments dans le bol alimentaire.

Nigul jubile intérieurement, il avait donc raison. Mais alors de quoi donc est-il mort, lui demande-t-il ? Elle regarde à moment Nigul, se demandant ce qu’elle doit dire.

  • Puisque vous êtes de la police, même estonienne, je vais vous livrer mes conclusions. En fait, ce Monsieur est mort d’une embolie gazeuse. J’ai pu constater la présence de bulles de gaz dans le sang. Pour vous expliquer, lorsque des bulles de gaz sont présentes dans le circuit veineux, elles suivent la circulation et passent dans le cœur droit puis l’artère pulmonaire. Ceci entraîne une hypoxémie associée à une insuffisance cardiaque droite, et conduit sans intervention à une crise cardiaque. C’est ce que j’ai pu constater en poursuivant l’autopsie.

Nigul n’a pas tout compris, si ce n’est que le décès n’est pas dû à des médicaments ! La jeune femme poursuit :

  • Cet accident peut être secondaire à une intervention médicale ou survenir au retour d’une plongée sous-marine, ce qui, je pense, n’est pas le cas. En m’approchant de lui, j’ai senti sur son visage une forte odeur de chloroforme. Cet homme a été endormi de force.

Nigul est de plus en plus impatient de connaitre la suite.

  • En l’examinant, j’ai remarqué des traces de piqures dans l’intérieur du bras droit. Manifestement, quelqu’un lui a introduit du gaz dans la veine. Qui ? ça c’est votre travail Commissaire !

Nigul s’informe de la suite qui sera donnée à ces constats. Comme le veut la procédure, le dossier sera transmisau responsable de service qui préviendra la police. Nigul lui demande s’il peut voir le corps.

  • Non et je ne vous le conseille pas, il n’est pas dans tous ses états. Je lui dirai bonjour de votre part !

Cette plaisanterie de corps de garde la fit beaucoup rire… Nigul beaucoup moins !

En redescendant vers la gare, toujours en tram, Nigul jubile intérieurement. Ça y est, son enquête avance, il lui, reste à présent à faire le lien entre l’assassinat de son ami et le dossier du Conseil de l’Europe.

En arrivant à la gare, il mange « sur le pousse » une assiette de harengs frits avec des légumes et une petite sauce. Bien meilleur que dans les grands hôtels !

14 h : Dolores est à l’heure. Elle semble pressée et elle tire de son sac une grosse enveloppe.

  • Monsieur Häkkinen m’avait fait promettre que s’il lui arrivait quelque chose et que le dossier qu’il gardait dans sa chambre disparaissait, il faudrait remettre cette enveloppe à la police. Pour tout vous dire, il m’avait même donné une petite somme d’argent.

Le Commissaire lui demande pourquoi elle n’a pas prévenu la police d’Helsinki.

  • Vous savez, je suis étrangère et je ne veux pas d’ennuis. Et puis, vous êtes de la police, alors, j’ai suivi les instructions de votre ami. Tenez, je vous remets l’enveloppe. Maintenant, oubliez-moi ! Mais ce serait bien de trouver les coupables car je suis certaine qu’il ne s’est pas suicidé. Vous non plus, d’ailleurs…

Nigul la voit partir vers l’arrêt des trams. Oui, lui aussi est certain qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Il a désormais la preuve qu’il s’agit d’un assassinat !

Il se dépêche de rentrer à l’hôtel pour découvrir ce qu’il y a dans le fameux dossier.

Ce dossier, Jakki l’a rédigé comme il le faisait sûrement quand il était commissaire principal : remarquablement ordonné, précis, avec toutes les justificatifs et la présentation de preuves. Du bon travail ! Tout cela commence par ce que la presse a appelé le Diesel Gate en 2015, scandale qui a conduit le géant Volkswagen à admettre le trucage de onze millions de ses véhicules diesel dans le monde. De plus, le constructeur et ses actionnaires Daimler et BMW, sont également accusés en 2018 d’avoir pratiqué des tests d’inhalation d’oxydes d’azote sur des êtres humains – ou sur des singes dans le cas de Volkswagen.

Le commissaire comprend bien le scandale, mais pourquoi, avoir tué Jakki ?

Cette affaire se poursuit par d’autres accusations concernant les règles européennes de la concurrence. En 2019, l’UE met en cause cinq constructeurs – BMW, Daimler, Volkswagen, ainsi qu’Audi et Porsche, filiales de Volkswagen – pour s’être entendus afin éviter de se faire concurrence sur les technologies réduisant les émissions polluantes. Un article de la Gazette cite la commissaire chargée de la Concurrence qui a déclaré « les entreprises mises en cause ont privé les consommateurs de la possibilité d’acheter des voitures moins polluantes, alors que la technologie était à la disposition des constructeurs. Si les entreprises peuvent coopérer de nombreuses manières pour améliorer la qualité de leurs produits, les règles de concurrence de l’UE ne leur permettent cependant pas de s’entendre sur exactement le contraire : ne pas améliorer leurs produits, ne pas se livrer concurrence sur le plan de la qualité. »

Le reste du dossier est manuscrit. Jakki y fait état d’informations qu’il a reçu d’un « honorable correspondant » qu’il a dû connaitre quand il était en poste. Cet informateur dont le nom de code est Hercule, déclare vouloir nettoyer son pays, comme « Hercule a nettoyé les écuries d’Augias ». Il affirme que BMW a versé des dessous de table à un certain nombre de politiciens Finlandais, ainsi qu’à des administrateurs de grandes entreprises, pour qu’ils fassent pression sur le * gouvernement finlandais afin que celui-ci accepte le sponsoring de BMW. La firme automobile avait besoin de se refaire une virginité ! De fait, le partenariat est intervenu quelques semaines après les accusations de la Commission Européenne.

Le document suivant est une liste nominative des heureux bénéficiaires. Selon Hercule, il doit fournir à Jakki les preuves formelles des versements très prochainement. Dans la marge, Jakki a indiqué « Pourvu que je les reçoive avant l’arrivée de Nigul. ». La plupart des noms sont inconnus du Commissaire qui ne s’intéresse pas trop à la politique ni en Estonie encore moins en Finlande ! Pourtant, devant le nom du groupe financier Konia qui possède la Résidence Oodi, Nigul trouve le nom d’Elina Nieminen, la Directrice, cette vieille sorcière à qui il a tiré la langue ! Celle-ci a profité de la « distribution » pour une coquette somme en tant qu’administrateur du groupe. Elle a probablement paniqué lorsqu’elle a entendu Jakki parler d’un dossier sur le Conseil de l’Europe et qui plus est, à un policier. Il fallait qu’elle passe à l’acte. Le commissaire est persuadé qu’en menant une enquête approfondie parmi le personnel, il obtiendrait des aveux rapides. La Directrice n’a pas pu mener sa triste besogne sans aide, en particulier de la part de quelqu’un ayant des connaissances médicales.

Le Commissaire est satisfait, son enquête a presque abouti. Bien entendu, il reste quelques pièces à trouver pour que le puzzle soit complet, ce sera le rôle de la police finlandaise. Il pense aussi à Jakki. Il n’est pas mort pour rien.

Il décide, en sa mémoire, d’aller dîner au restaurant Olo où il avait promis de l’emmener. C’est selon les connaisseurs, l’un des meilleurs restaurants d’Europe. La facture sera « salée » mais il le mérite bien !

JEUDI

Nigul se réveille de bonne humeur. Enfin, pour la première fois de son séjour, il a bien dormi. Maintenant, comment va-t-il faire pour communiquer ce dossier aux autorités. Le téléphone intérieur sonne. Qui peut l’appeler ici à Helsinki ? La réceptionniste lui indique qu’il y a un monsieur de la police qui l’attend à la réception et qu’il doit descendre tout de suite. Alors ça, qu’est-ce que cela cache ?

Dès son arrivée dans le hall de l’hôtel, un homme se dirige vers lui et se présente.

  • Inspecteur Jari Paasi, des services de renseignements de la police finnoise. Je suis ravi de vous rencontrer, Monsieur le Commissaire. Vous savez, votre réputation est parvenue jusqu’à nous avec l’affaire du faux virus. (2) »

Nigul se contente de bredouiller un vague bonjour poli mais sans plus.

  • Nous regrettons profondément que votre séjour ait été endeuillé par la mort de votre ami, l’ex-Commissaire principal Häkkinen. Nous vous présentons toutes nos condoléances. Il est vraiment triste que celui qui fut un grand policier finisse comme cela. Vous ne l’avez pas vu très longtemps, mais vous avez pu constater qu’il souffrait d’une dépression sévère en particulier d’un délire paranoïaque aigu qui le conduisait à voir des complots partout. Ce qui est vraiment triste, c’est qu’il ne se rendait pas compte de sa maladie.

Nigul continue à se demander pourquoi les services de renseignements finlandais ont jugé bon de se déplacer pour lui expliquer que Jakki souffrait d’une maladie psychiatrique grave. Il attend la suite…

  • Aussi, Monsieur le Commissaire, il serait tout à fait regrettable que vous vous laissiez emporter par votre zèle en poursuivant des enquêtes dignes de mauvais romans policiers. Croyez-moi, laissez tomber vos recherches qui pourraient vous occasionner bien des ennuis.

Nigul a un petit sourire narquois.

  • Vous me surveillez donc !

L’inspecteur sourit à, son tour.

  • Ah, les grands mots ! Mais c’est notre métier d’être au courant de tout, Monsieur le Commissaire, vous le savez bien.

Nigul sent la « moutarde lui monter au nez » comme on dit en France.

  • Mais, vous, vous savez bien que le Commissaire Häkkinen ne s’est pas suicidé mais qu’il a été tué !

Le visage de l’inspecteur se crispe, la coupe est pleine !

  • Non, je peux vous assurer qu’il s’est suicidé. J’ai rencontré le médecin légiste qui m’a démontré le contraire !

La tension monte entre les deux hommes.

  • Je voudrais tout d’abord vous faire remarquer que vous avez commis un abus de pouvoir en faisant état de votre qualité de policier, qui plus est étranger, et sans mandat. Le médecin que vous avez rencontré, elle aussi étrangère, n’a sans doute pas l’expérience suffisante. Le Chef de service qui est revenu dans l’après-midi, a remis un autre rapport qui indique bien que seule la thèse du suicide est à retenir L’affaire est donc classée.

Nous y voilà donc, pense Nigul. Et à présent, que va-t-il se passer ?

  • Monsieur le Commissaire, nous pensons qu’il serait bien que vous retourniez rapidement chez vous, à Tallinn, c’est une si belle ville. Nous vous avons d’ailleurs retenu une place dans le prochain bateau. Le gouvernement finlandais prend tous vos frais en charge, y compris ceux de l’hôtel… Mais pas la note du restaurant Olo.

Ainsi, ils savaient tout. En fait, il était expulsé ! L’inspecteur ajoute sèchement que le bateau part dans une heure et qu’il va le conduire lui-même l’embarcadère.

Nigul est dépité par cette affaire. Hercule n’aura donc pas réussi à nettoyer les écuries d’Helsinki. Il remonte dans sa chambre. À peine surpris, il découvre qu’elle a été fouillée. Le dossier a disparu. Il a perdu la partie.

En descendant vers la mer, il se prend à penser au joueur de flûte de Hamelin, celui qui avait entraîné derrière lui tous les rats de la ville et en entrant dans l’eau, les avait noyés. Comme la dernière fois à Tallinn, il aurait bien voulu avoir une flûte magique et entraîner tous ces politiciens véreux dans les flots de la Mer Baltique… Mais il ne savait toujours pas jouer de la flûte !

  1. Seul restaurant étoilé d’Helsinki
  2. Voir « L’inspecteur et le e-virus »

Note : L’ensemble des informations sur Helsinki et les faits rapportés dans cette nouvelle (en particulier le sponsoring du Conseil de l’Europe) sont véridiques (et donc vérifiables). Seule l’énigme résulte de la fantaisie de l’auteur (qui n’en manque pas !) et, comme il faut le dire, « toute ressemblance avec des personnes ou des événements existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence. »


Le grillon

poème de Jean-Pierre Claris de Florian (1755 – 1794)

Un pauvre petit grillon
Caché dans l’herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L’azur, la pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
Ah ! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
je n’ai point de talent, encore moins de figure.
Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici-bas :
Autant vaudrait n’exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d’enfants :
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper ;
L’insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient, et le prend par la tête :
Il ne fallait pas tant d’efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh ! Oh ! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux, vivons caché.

L’inspecteur et le e-virus

L’inspecteur Ladõnskaja de la Brigade criminelle rentre chez lui en traversant la Raekoja Plats. Il est 22h et la place est vide. On n’entend que le bruit de ses pas qui résonnent dans la nuit glaciale de Tallinn. Depuis l’arrivée du Covid 19 en Estonie où le confinement avait été prononcé et parfaitement respecté par la population, tous les centres commerciaux sont fermés à l’exception des commerces alimentaires. Dans ceux qui restent ouverts, la distance entre deux individus est impérativement de deux mètres et des gels hydroalcooliques sont mis à la disposition des clients à l’entrée et à la sortie du magasin.
Néanmoins, c’est avec nostalgie que l’inspecteur se remémore l’animation de la place pendant le marché de Noël, où ça sent bon la choucroute et les saucisses à emporter et le vin chaud à la cannelle. Encore heureux que cette épidémie ne soit pas survenue en décembre lorsque la nuit commence à 15h30 ! Cela aurait rendu le confinement encore plus pénible.
Le pays continue de vivre grâce à l’utilisation du numérique. L’Estonie, surnommée e-Estonie, n’est-elle d’ailleurs pas considérée comme LA référence mondiale en matière de numérique. Le digital est devenu un réflexe pour la grande majorité des Estoniens qui peuvent, en utilisant une carte d’identité électronique, voter, accéder aux transports en commun, régler leurs impôts, suivre les résultats de leurs enfants à l’école, et bien entendu régler toutes leurs dépenses. 99 % des services publics ainsi que tous les établissements bancaires sont accessibles en ligne La ministre estonienne de l’entrepreneuriat et du numérique a déclaré à ce propos « En Estonie, à l’exception des mariages, des divorces et des achats immobiliers, toutes les démarches administratives se font en ligne ». Alors le confinement ne va pas empêcher l’Estonie de fonctionner. L’inspecteur n’est pas inquiet
Il rentre chez lui et s’attable pour manger une délicieuse soupe aux lentilles, accompagnée de pain dont il fait une grande consommation, avant, pendant et entre les repas. Un vrai délice. Il se cale dans son fauteuil pour boire une bonne bière, une Lager Premium, une VIRU brassée à Tallinn ! Un délice !
Le téléphone sonne. C’était son chef.
« Nigul, connecte-toi immédiatement sur ton ordinateur et dis-moi ce que tu vois. »
« Bon Dieu, tout est planté ! Que se passe-t-il ? »
« Et oui, tout est bloqué. C’est une cyberattaque. Nous avons déjà reçu des alertes des principales banques, de plusieurs Ministères et du site de l’assurance maladie. On est reparti comme en 2007. Tu arrives tout de suite au Ministère. »
Il s’arrache à regret de son fauteuil. En sortant de chez lui, l’inspecteur est surpris par une bourrasque de neige. Plutôt rare en cette période, mais pas exceptionnel ! Chemin faisant, il se souvient de cette attaque de grande ampleur qui a bloqué le pays pendant 3 semaines. La plus grande qu’ait eu à subir un Etat. Trois semaines de grand bazar. Les Russes étaient bien sur derrière, mais en 2020, les rapports se sont considérablement améliorés. Alors qui ?
Arrivé au bureau, c’est la panique dans les couloirs. Il se rend chez Carl, son chef.
« Nigul, nous sommes en train de vivre une catastrophe. D’après les informations que nous avons reçues, aucun registre public n’est plus accessible. Il semble que les serveurs centraux soient victimes d’une attaque de hackers qui auraient modifié tous les codes d’accès. »
Carl prend un appel téléphonique. C’était la Présidente de la République, Kersti Kaljulaid en personne ! Elle lui intime l’ordre de faire tout ce qui est en son pouvoir pour trouver les responsables. Elle lui donne carte blanche !
Carl est un peu dépité par ce qu’il vient d’entendre. Ce qui inquiète le plus la Présidente, ce n’est pas que le système de santé soit bloqué en cette période d’épidémie et que les habitants ne puissent plus récupérer leurs médicaments puisque les ordonnances médicales sont totalement dématérialisées et stockées en ligne. Non, ce qui l’embarrasse, c’est que l’OTAN a installé son Centre d’excellence en cyberdéfense à Tallinn et que certains pays ne manqueraient pas de remettre en cause cette décision.
L’inspecteur pense également à cette grande opération en cours qui propose aux étrangers le statut de « e-résident » leur permettant de créer leur entreprise et de la gérer à distance. Ils bénéficient ainsi d’une fiscalité avantageuse, solution particulièrement prisée des entrepreneurs britanniques qui y voient une solution pour rester dans le marché européen après le Brexit.
Il est bientôt minuit. Nigul téléphone à Marcus Jacobsen, le responsable d’un groupe de hackers, le « eebot teams », qui collaborent avec le gouvernement pour mettre en place un chatbot (1) donnant en plusieurs langues des informations solides sur le Covid 19.
« Oui, nous travaillons bien sur un dialogueur qui s’appelle Suve (2), Il peut répondre aujourd’hui à environ 200 questions. Mais j’espère que vers la fin de la semaine, il pourra en traiter entre 900 et 1 000 … si toutefois, nous trouvons comment contrer cette attaque ! Je dois dire que nous sommes déconcertés devant son mode opératoire tout à fait inhabituel. »
La neige a cessé de tomber. Nigul presse le pas. Il a hâte de rentrer chez lui et de finir sa bière qu’il avait mis au réfrigérateur. Il sursaute… Un gros rat lui passe entre les jambes et s’engouffre dans une bouche d’égout. Cette péripétie lui rappelle un conte que son grand père lui racontait là-bas le soir au coin du feu dans leur ferme du bout du monde, sur l’ile de Saaremaa. L’histoire se passait à Hamelin, au nord de l’Allemagne. La ville avait été envahie par une multitude de rats et où tout y était dévoré en moins de rien.
« Tu vois Nigul, dans une grange, c’était une moindre affaire pour ces rats de manger un tonneau de blé que ce n’est pour moi de boire un verre de ce bon vin. Bref, s’il n’était venu remède à ce fléau, pas un grain de blé ne fût resté dans Hamelin, et tous les habitants seraient morts de faim. »
Nigul sourit intérieurement en se remémorant la grosse voix que prenait le grand-père et la peur qu’il avait en se réfugiant dans les jupes de sa grand-mère. Heureusement, un joueur de flûte a proposé ses services. En jouant de son fifre il a charmé les rats et les a conduits dans le fleuve où ils se sont noyés ! Mais la fin était tragique. Les autorités de la ville ayant refusé de lui donner la récompense promise, il attira alors tous les enfants comme il avait attiré les rats. Ils le suivirent et disparurent dans une caverne dans la montagne. Alors là, le petit Nigul était assuré de ne pas s’endormi de sitôt !
L’inspecteur Ladõnskaja est vraiment décidé à finir sa bière, voire une deuxième… Il l’a bien mérité ! Mais cette histoire de rats lui trotte dans la tête. Et si c’étaient les rats les responsables du grand désordre que connaît l’Estonie ? Cette idée farfelue qu’il vient d’avoir mérite d’être vérifiée. Et si c’était vrai, il pourrait remercier son grand-père et lui pardonner de lui avoir fait peur !
Le vendredi matin, on pouvait lire sur Eesti.ee, le portail des services publics en ligne estoniens, le communiqué suivant :
COMMUNIQUE DU CERT (3)
« Dans la nuit de mercredi à jeudi l’accès aux sites internet à certains services publics, a été fortement perturbé plusieurs heures durant. L’hypothèse d’une cyberattaque a été rapidement écartée. Il s’agissait en fait .de dégâts causés par des rats. Après plusieurs heures d’enquête, nos services ont découvert que le problème était lié à un câble de télécommunications souterrain du nord du pays, non loin de Tallinn que des rongeurs avaient « lourdement endommagé », au point de les avoir dénudés en certains endroits. Les dégâts s’étendent sur 300 mètres de long. Jeudi soir, les services ont été rétablis. »
Quelques jours plus tard, l’inspecteur Ladõnskaja reçut un coup de téléphone de Marcus Jacobsen. Ce fut d’ailleurs le seul à le remercier pour son intuition
« Grâce à vous, nous avons pu finir de mettre au point notre chatbot qui va donner en plusieurs langues des informations solides sur le Covid 19, pour combattre la vague de fausses nouvelles à son sujet. Nous avons recruté des éditeurs et des traducteurs volontaires pour créer le contenu ; à présent, nous sommes en mesure de répondre à presque 85% des questions. Sa mission est de soulager les centres d’appels mis en place pour répondre à la crise. »
Cette absence de reconnaissance à laquelle Nigul était habitué, n’allait pas le conduire, comme le joueur de flûte, à attirer tous les enfants dans la rivière Pirita qui traverse Tallinn ! Mais si le chant de sa flûte pouvait attirer certains politiques qu’il conduirait en enfer… Mauvais idée… Il ne savait pas jouer de la flûte !

(1) Chatbot : un chatbot est un programme qui permet de converser avec une personne durant quelques minutes ou plus en lui donnant l’impression de converser elle-même avec une personne. Il repère quelques mots dits « déclencheurs », voire des expressions de l’interlocuteur pour retrouver des réponses dont le schéma est programmé et qui peuvent mener la conversation plus loin d’une manière plus ou moins intelligente, mais sans nécessiter de comprendre de quoi ils parlent.
(2) Été en estonien
(3) Service de Sécurité Informatique Estonien

Note de « l’auteur » : L’ensemble des informations et des faits rapportés dans cette nouvelle sont véridiques (et donc vérifiables). Seule l’agencement et la référence au conte des Frères Grimm résultent de la fantaisie de l’auteur (qui n’en manque pas !).

Le 05/04/20230

Hercule Poirot et le virus

Dans le taxi qui le ramenait chez lui, à Florin Court, Poirot grommelait seul. Quelle idée avait-il eu de se rendre à cette soirée mondaine à Covent Garden ? Il avait piétiné pendant des heures à écouter des fadaises et surtout il s’est fait marcher sur ses splendides bottines à bout pointu qu’il mettait tellement de temps à faire briller tous les matins. Quel scandale ! Et puis, était-ce bien sérieux d’avoir organisé cette réception au moment où une épidémie de grippe au nom bizarre (Covid-19) se répandait à travers l’Europe. Il faut dire que le Premier Ministre considérait que la seule solution était que tout le monde l’attrape. Ainsi chacun serait immunisé ! Alors oui, ce soir, cela allait être une vraie réussite !
Leur hôte, Sir Christopher, était un célèbre virologue de réputation mondiale. Entouré de sa jeune et charmante épouse et de son assistant, il avait sa cour.
« Le Premier Ministre est un incapable. Je reviens de Wuham en Chine, là où a débuté l’épidémie. J’y ai appris des choses terrifiantes que je dévoilerai prochainement. »
Poirot n’en saura pas plus.
Le lendemain matin, après qu’il eut consacré une bonne partie de la matinée à se préparer, en accordant une attention particulière à ses moustaches, il se rendit à son salon pour prendre son petit déjeuner, qui en lui-même était tout un cérémonial. À la suite de quoi, entrait sa secrétaire, Miss Lemon qui lui apportait le courrier et attendait respectueusement les instructions. Ce cérémonial était le même depuis toujours (enfin, le pensait-il) et rien n’aurait su le troubler. Mais ce matin, Miss Lemon en modifia le cours.
« Monsieur Poirot, le Capitaine Hastings est au lit avec une forte fièvre. Il est atteint par cette terrible maladie. Il ne doit pas sortir. »
Poirot était sincèrement peiné. Il avait vu Hastings en début de semaine. Il aimait bien le capitaine même s’il le considérait comme un piètre détective… surtout comparé à Poirot.
On frappa à la porte. Miss Lemon alla ouvrir et annonça l’Inspecteur Japp de Scotland Yard affublé d’un masque qui lui recouvrait le nez et la bouche.
« Mais que se passe-t-il, Inspecteur ? »
« Vous étiez bien hier à la soirée organisée par Sir Christopher. Et bien celui-ci a été assassiné dans la nuit. Son bureau cambriolé. D’après ce que l’on sait, il s’apprêtait à faire des révélations sur l’origine de l’épidémie. C’est un coup des Chinois ! D’ailleurs, on a vu un individu habillé en Chinois qui s’enfuyait dans la nuit. »
Poirot confirma avoir entendu Sir Christopher s’apprêtant à faire des révélations sur les origines chinoises du virus.
« Poirot, nous devons retourner à Covent Garden. Vous êtes un témoin potentiel. Mais, vous allez devoir porter un masque. L’épidémie prend de l’ampleur vous ne devez pas prendre de risques. »
Poirot demeura tétanisé. Mettre un masque au risque d’écraser ses moustaches qu’il considérait en tout point remarquables. Non, plutôt mourir ! C’est d’ailleurs ce qu’il fit en acceptant d’accompagner l’Inspecteur Japp… mais sans mettre de masque.
Arrivés sur place, ils furent reçus par la maîtresse de maison, effondrée. Non, elle n’avait rien entendu. Ce n’est qu’au matin qu’elle a été prévenue par le majordome. Non, elle ne s’était pas étonnée, car il faisait chambre à part. Quant à l’assistant, il logeait au deuxième étage et il n’avait rien entendu. Il confirma que le dossier sur lequel le Professeur travaillait avait disparu. C’était une perte énorme.
Après avoir examiné le corps de la victime, Poirot en conclut que l’arme du crime était probablement un couteau à la pointe longue et effilé caractéristique des « couteaux en aiguille » chinois. À la grande surprise de Japp, Poirot demanda à voir la chambre de Sir Christopher. Il ouvrit les placards et sortit sans faire de commentaire. Les petites cellules grises du détective étaient-elles fatiguées ?
Cette affaire fit les gros titres de la presse qui accusa le gouvernement Chinois de vouloir dissimuler la vérité ; expérience sur des chauves-souris, mise au point d’une arme bactériologiques… Le Premier Ministre convoqua l’ambassadeur et exigea des explications… qu’il n’obtint pas !
Poirot quant à lui, paya son entêtement à ne pas vouloir se protéger, à moins que ce ne fut un « cadeau » du cher Capitaine Hastings. Il commença à perdre le goût et l’odorat, ce qui lui sembla le summum de la maladie puis il enchaîna avec une forte fièvre. Hastings qui en était sorti, venait régulièrement lui apporter ses repas. Espérait-il se racheter auprès de Poirot ?
Un matin, Poirot avait retrouvé toute son énergie.
« Mon cher Hastings, je crois que je ne vais pas mourir cette fois-ci. »
Cette remarque optimiste, d’un malade atteint de la terrible grippe, était d’un heureux effet et rassura Hastings, qui avait le premier souffert de cette maladie et à laquelle Poirot n’avait pas échappé. Il était maintenant assis sur son lit, appuyé sur de nombreux oreillers, la tête émergeant d’un châle de laine, et il buvait lentement une tisane que Hastings avait soigneusement préparée d’après ses instructions. Il s’en suivi des échanges, auxquels nos deux amis étaient coutumiers.
« Dans cette affaire, quel imbécile j’ai été. Triple imbécile ! Jamais plus je ne vanterai mes petites cellules grises. »
« Ce sera au moins une bonne chose. », grogna Hastings de mauvaise humeur.
« Mais consolez-vous mon ami. », continua Poirot en se calmant. « Tout le monde ne peut être comme Hercule Poirot ! Je le sais bien. Et à présent, je connais la vérité ! »
« Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui eût une aussi bonne opinion de soi ! » s’exclama le capitaine, à la fois amusé et agacé.
« Que voulez-vous ! Lorsque l’on est unique, on le sait ! »
Il fit venir l’inspecteur Japp en lui demandant qu’il fasse arrêter l’épouse de Sir Christopher ainsi que son assistant et qu’il fasse pratiquer une perquisition dans l’ensemble de la maison.
« Ils ont cru tromper Poirot en faisant croire à une histoire politique ! Et ils ont presque réussis. Mais on ne trompe pas Papa Poirot, même au fond de son lit ! La femme de Sir Christopher et son assistant étaient amants et comme souvent dans ces situations, il fallait se débarrasser du mari gênant. Alors, ils ont imaginé ce rocambolesque cambriolage qui aurait mal tourné. L’assistant tue le Professeur pendant que l’épouse court dans la rue, déguisée en chinoise. J’avais remarqué en examinant la chambre de Sir Christopher, que celui-ci avait ramené de Chine plusieurs habits chinois ainsi que divers objets comme des couteaux. Il ne restait plus qu’à exécuter ce machiavélique scénario. Le dossier devrait se retrouver rapidement car, pour tout criminel qu’il fut, l’assistant est un scientifique qui ne peut détruire le résultat de ses travaux. »
Le dossier fut retrouvé dans la chambre de l’assistant. Les deux amants furent emprisonnés. Le Covis-19 allait-il venger la mort du Professeur ?
Quant au dossier, il fut remis au Premier Ministre et à ses conseillers. Que contenait-il ? On ne le saura jamais, mais le lendemain, le premier Ministre décidait de renoncer à l’auto-immunisation et instaurait le confinement.

Le 30/03/2020

Maigret et le virus

S’en était fini pour aujourd’hui. Le gamin s’était montré coriace mais il avait fini par craquer. Petit imbécile qui allait « bousiller » sa vie pour un braquage qui avait mal tourné. Maigret referma le dossier et il allait le transmettre au juge Cayotte. Mais avec le confinement, comment ça allait se passer ?
La journée avait été dure. Avec ce sacré virus, il n’avait pas pu commander de bière et de sandwichs à la Brasserie Dauphine. Il décida de rentrer chez lui à pieds, cela lui changerait les idées. Il y avait trois bons kilomètres jusqu’au Boulevard Richard Lenoir mais il aimait flâner dans Paris. Il allait passer par l’Île Saint Louis puis le quartier Saint Antoine. Il n’y avait personne dans Paris. Le confinement commençait à faire son effet. Il fut arrêté deux reprises par des patrouilles de la police. Un jeune policier voulu faire du zèle en lui demandant son attestation de déplacement. Il fut vite remis en place par les plus anciens « Imbécile ! C’est le commissaire Maigret. »
Chemin faisant, il s’imagina l’accueil de Madame Maigret. Celle-ci était angoissée par cette épidémie et elle ne voulait plus sortir de chez elle. Elle s’était mis en tête de faire des masques en tissu qu’elle demanderait à Maigret d’aller porter à la résidence « Richard Lenoir », pour personnes âgées, pas loin de chez eux. Pour l’occasion, elle avait remis en route sa vieille machine SINGER que lui avait donné sa marraine. Pour le tissu, elle avait découpé une vieille robe à fleurs « Je ne la mettais plus, ça fait trop jeune pour moi ! » Arrivé à la maison, ce sera le même cérémonial. À peine Maigret aura-t-il passé la porte, qu’elle lui annoncerait « 345 aujourd’hui. Tu te rends compte… où cela va-t-il s’arrêter ? » Et elle continuerait en racontant le débat de « C’est dans l’air » en s’étonnant que certains intervenants puissent surtout parler politique alors que l’on devrait parler santé.
Dans l’escalier qui montait au troisième (il n’y avait pas d’ascenseur, mais il ne voulait pas déménager. Et puis, la retraite n’était pas si loin !), il fut surpris et inquiet de ne pas sentir l’odeur de la blanquette de veau promise par Madame Maigret. C’était son plat préféré. À peine eut-il ouvert la porte que Madame Maigret vint vers lui : « Maigret (c’est toujours comme cela qu’elle l’appelait depuis le début de son mariage) n’enlève pas ton pardessus, le petit Lapointe est en route pour te conduire au ministère où tu rencontreras le Ministre en personne. C’est son Conseiller lui-même qui a téléphoné. » Maigret fut surpris. « Il m’attend place Beauvau ? » « Non, c’est le Ministre de la santé qui veut te voir. C’est très important selon lui. » Maigret fronça les sourcils en écoutant son épouse avec un air qui proclamait sa méfiance vis-à-vis du monde politique. Il était arrivé plusieurs fois au cours de sa carrière, qu’un député, un sénateur ou quelque personnage en place fasse appel à lui, mais cela avait toujours été par les voies régulières. Qu’est-ce que cela cachait ? Lapointe donna un petit coup de klaxon. Avant qu’il ne parte Madame Maigret exigea que son mari mette un masque confectionné par elle. Lorsqu’il s’installa dans la voiture de service, Lapointe eut du mal à ne pas en rire. Le masque se retrouva vite fait au fond de la poche !
Arrivé au Ministère, il renvoya Lapointe. Il était inutile qu’il attende. Il avait une famille et on ne sait jamais combien de temps ce genre de rendez-vous peut prendre. Quand il se présenta à l’accueil, le planton lui demanda s’il avait un masque. Il n’osa pas le sortir de sa poche. On le fit rentrer dans un bureau où il fut rejoint par un jeune technocrate, le genre que Maigret n’appréciait guère. « Monsieur le Ministre est désolé, mais il vient d’être appelé à Matignon, mais il m’a autorisé à vous exposer la raison de cet appel. Bien entendu, Monsieur le Ministre de l’Intérieur est au courant. » Maigret était de plus en plus méfiant. « Voilà, Monsieur le Commissaire, vous n’êtes pas sans savoir la polémique autour d’un médicament qui pourrait guérir les malades du Covid 19. Un infectiologue Marseillais, brillant certes mais fantasque, a été à l’origine de cette démarche. » Mais où voulait-il en venir se demanda Maigret ? Le Conseiller poursuivit « Or, les études faites par ce scientifique ne s’appuient pas sur les procédures habituelles. La recherche ne porte que sur 20 patients et ne respectent pas les règles méthodologiques. On ne peut donc rien en conclure, mais l’emballement médiatique a été immédiat et l’affaire a pris une tournure politique. » Maigret continuait à se demander ce qu’il venait faire ici. « Or, à la suite du dernier Conseil scientifique, notre collègue est parti en claquant la porte… et en laissant son dossier à sa place. Lorsqu’il s’en est rendu compte, il a appelé le Ministère mais il n’y avait plus rien sur la table. Vous comprenez que si ce dossier tombe dans des mains hostiles, les conséquences pourraient être catastrophiques et pourraient nous obliger à autoriser l’utilisation de ce médicament, hors de toute validation scientifique. » Nous y voilà, se dit le Commissaire qui avait noté au passage que le Conseiller appartenait au monde de la recherche. « Et puis, notre collègue menace de révéler que nous lui avons subtilisé son dossier afin de ne pas diffuser les résultats de ses études. »
Maigret lui demanda de façon pas très aimable « Mais qu’attendez-vous de moi ? » Son interlocuteur le regarda, étonné « Mais que vous retrouviez le dossier ! »
Maigret rentra chez lui dans un taxi réquisitionné par le Ministère. En arrivant chez lui, Madame Maigret avait l’œil sévère : il n’avait pas mis son masque. Malgré tout, elle lui servi la blanquette de veau et dîna avec lui. C’était une femme « à l’ancienne » … Maigret s’en félicitait. Le lendemain matin, Madame Maigret tendit à son mari une liste de courses. « Je ne veux pas sortir et la supérette d’à côté refuse de nous livrer. Tu feras les courses, tu les mettras devant la porte et tu t’en iras à pied au Quai des Orfèvres. En une heure, le virus sera parti. Ce soir, tu prendras une douche. Et n’oublie pas de mettre ton masque ! » Maigret s’exécuta de mauvaise grâce… Il avait horreur de faire les courses.
Pendant la semaine qui suivit, Maigret ne fit pas beaucoup d’efforts pour retrouver le dossier. Il envoya bien un inspecteur pour interroger le personnel de nettoyage. Rien de particulier. D’ailleurs, il ne fut pas relancé par le Ministère de la Santé ni par son chef. À se demander si ce dernier avait été au courant ?
Ce soir-là, il s’en souviendrait longtemps, Madame Maigret lui dit qu’il devait rappeler d’urgence le Ministère. Non, il n’irait pas ce soir ! Mais ce qu’il apprit ne le réjouit pas. La personne qu’il avait rencontré au Ministère avait été testée positive au Covid 19. Aussi Maigret et sa femme devaient rester confinés chez eux. Catastrophique pour Maigret ! Qu’allait-il faire de toute sa journée ? Il se souvint alors qu’une amie de Madame Maigret les avaient invités à Rouen pour voir une pièce tirée de « Madame Bovary » dans laquelle elle jouait. Bon spectacle. À leur retour à Paris, Madame Maigret avait acheté plusieurs livres de Flaubert… qui avaient vite rejoint la bibliothèque. Maigret décida de les sortir de leur cellule. Il choisit de se lancer dans la lecture de Bouvard et Pécuchet, deux zèbres qui lui avaient fait penser à certains pseudo-scientifiques qu’il voyait à la télévision.
Une semaine après avoir lu presque tout Flaubert, il reçut de nouveau un appel du Ministère. Le jeune conseiller était en réanimation à l’hôpital. Il avait tenu à ce qu’on prévienne absolument Maigret qu’il avait emmené, « par mégarde », le dossier et il s’en excusait. Il avait demandé aussi à être traité par la molécule à base d’hydroxy chloroquine.
Maigret se leva et se dirigea vers l’armoire aux liqueurs. Il se servit une prunelle que sa belle-sœur originaire d’Alsace, lui avait offerte. Il huma son parfum. Il en mit un peu sur sa langue. Ouf ! Pas de perte de goût ni d’odorat ! Alors il but le reste du verre à la santé de ce pauvre diable qui luttait contre ce foutu virus et qui avait peut-être compris que le dogmatisme avait ses limites… surtout quand c’était sa propre vie qui était en jeu.
Il avait beau être quatre heures de l’après-midi, il alluma sa pipe, se resservit un autre verre… qu’il but celui-là à sa santé à lui !

Le 27/03/2020

Présentation de Patrice Colasse

Originaire des « Sapins », quartier des Hauts de Rouen (ce dont il est fier), Patrice Colasse a mené toute sa carrière professionnelle dans le milieu des Écoles de Gestion et de Commerce.
Cet engagement pour les jeunes s’est poursuivi dans le monde associatif, en particulier dans le réseau « Information Jeunesse » dont il fut Président au niveau régional, puis national. Il est à l’origine de l’opération « Lumières des Cités » destinée à accompagner des jeunes de conditions modestes dans leurs parcours en études supérieures.
Aujourd’hui, il poursuit toujours dans cette logique au sein de l’association « Jeunesse et Vie » dont il est le Trésorier.
Conseiller municipal et communautaire, il fut Maire de Mont-Saint-Aignan, marquant ainsi sa volonté de s’engager au service des autres.
Le confinement et l’exemple de l’Auteur Philippe Lebeau dont il partage l’amitié, l’ont conduit à écrire quelques Nouvelles… sans prétention littéraire mais avec le profond désir de faire oublier aux lecteurs, pendant quelques minutes, que l’on vit une « drôle » de période.

Patrice Colasse

Commentez

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s