« Parabole » de Bernard Lebeau

L’OISEAU ENSANGLANTÉ

Il était une fois,
Quelque part dans l’univers,
Une île merveilleuse où ne se respirait que douceur, lumière et paix.

Des myriades d’oiseaux peuplaient cette île.
Il y en avait de toutes les sortes, de toutes les races, de toutes les couleurs.

Les trilles, des uns, les gloussements des autres,
Le caquètement, les sifflements, les roucoulades et toutes sortes de pépiements
Semblaient s’ajuster afin d’offrir un hymne à l’univers.

Un beau jour,
Nous devrions plutôt dire un triste jour,
Un explorateur venu on ne sait d’où,
Fut sidéré devant un tel spectacle.

Déjà il savourait, et comptabilisait le trésor…
Qu’il pourrait tirer d’un tel Paradis.

Ayant formé le projet de capturer d’exporter et de vendre toutes ces petites merveilles de la nature,
Notre explorateur fit tomber la nuit venue,
Un immense filet entre ciel et terre.

Dès l’aube,
À l’appel des premiers rayons du soleil,
Nos oiseaux voulurent s’élancer à sa rencontre
Pour lui offrir leur aubade matinale.

Quel spectacle lamentable !
À peine décollaient-ils qu’ils étaient plaqués au sol
Par une force mystérieuse qui en même temps les blessait.
Très vite ils découvrirent le filet qui les tenait désormais prisonniers.

Après quelques vains essais… ils finirent par renoncer.
Les mailles du filet étaient trop serrées pour espérer passer au travers.
Résignés, … ils capitulèrent, la tête désespérément tendue vers le soleil
Qui lui ne comprenait, pourquoi, ce matin là, ses petits amis le boudaient.

Soudain, un oiseau bondit.
Il s’acharna sur le filet, bec et ongles sortis.
Il frappait, griffait, becquetait rongeait de toutes ses forces,
La rage au cœur…
Peine perdue,
Le filet ne souffrait d’aucune égratignure.

Ses compagnons ricanaient, se moquaient, certains le tenait pour fou
D’autres enfin l’injuriaient le priant de mettre fin à ses pitreries
En un moment aussi pathétique.

Et lui, repartait… Retombait…
Repartait de nouveau et de nouveau retombait.
Rien, rien ne l’arrêtait.

À bout de souffle, le bec les pattes et les ailes ensanglantés
Notre héros tomba à terre une fois encore.

Épuisé, il crut ne plus avoir la force de se relever.

Pourtant, en un dernier sursaut,
Il s’arracha au sol.
Avec l’énergie du désespoir, il s’attaqua à cette FORCE qui les tenait captifs.
Et… Et… Miracle ! Une première maille céda !

L’oiseau roula au sol… les ailes en croix.

Les autres oiseaux, apercevant la brèche, et conquis par un tel courage, se ruèrent vers elle.
Par vagues successives, ils ouvrirent un passage.
Alors, poussant un grand cri tous ensemble,
Ils s’élancèrent vers l’infini.

Tentant vainement de retrouver le souffle
L’oiseau blessé se retrouva seul.
En un dernier effort, il arracha sa petite tête du sol
Il regarda la porte de leur « tombeau » désormais ouverte
Puis se tournant vers le soleil,
Il ferma les yeux.
Dans un dernier rêve plein de douceur,
Il sentit le Soleil lui lancer un rayon de lumière
Pour le porter jusqu’à Lui… Dans son Paradis.